CRIMINAL LOFT – Carbonel

Criminal Loft est un thriller psychologique, un huis clos tirant sur le sensationnalisme. Là où avant il y avait le boutonneux Hunger Games, l’excellent The Truman Show, où la télé réalité fait le jeu d’un homme voire d’un état, ici le candidat joue sa vie.

Un relent du Prix du danger et un  parallèle littéraire qui me vient à l’esprit avec  L’œil de Caine de P Bauwen. Je me dis que l’exercice était périlleux pour Armelle.

Criminal Loft est le show de télé-réalité. Armelle a eut l’intelligence ou la perversité de le situer dans l’enceinte du lugubre sanatorium de Waverly Hills. Le lieu est réel.

État du Kentucky, Louisville. On n’y fabrique pas que des battes de baseball. D’abord, sanatorium puis hôpital gériatrique pour finir en prison, ajoute à cela un tunnel destiné à la collecte des cadavres et une légende populaire tournant autour de la mystérieuse chambre 502 et voilà, le décor est planté. Il a son importance. Car les candidats vont être filmés 24 heures sur 24, dans ce lieu lugubre qui fait passer le manoir de la famille Adams pour un parc d’attraction à la Disney.

Parlons un peu des candidats, car toute bonne émission de téléréalité doit avoir un casting aux petits oignons.

Ils sont huit !

Six hommes. Deux femmes.

Tous accusés de meurtres.

Commençons par ces dames. Aileen, 39 ans, prédatrice redoutable, aussi calculatrice que belle, une « Mante Religieuse » faite femme. A ses côtés, Lynda, 31 ans, le prototype de la pauvre fille, usée et secouée du bulbe. Pour elle la vie semblait écrite d’avance. Comme pour certains des hommes.

Parmi eux, il y a James 36 ans pédophile « zozoteur », Terence le chétif, 39 ans, calme et mystérieux, Léonard le seul black du groupe sorti du ghetto pour se maquer avec une minette blanche qu’il a tué, Wallace le croque-mort, ancien directeur d’une agence de pompes funèbres, a cédé à la tentation d’une belle-fille sans parvenir à maîtriser sa bestialité. Et i y a John. Le narrateur.

Tous sont détestables. Ils vont devoir convaincre des millions de téléspectateurs qu’ils méritent de vivre à travers une succession d’épreuves. Guidés par la voix de l’ombre, surveillés par deux gardiens, surnommés « Laurel & Hardy », ils vont tout tenter pour saisir cette chance de réhabilitation. Car un seul retrouvera la liberté, sa sentence annulée et il pourra refaire sa vie.

Pour le lecteur, qui n’est pas spectateur, vient alors une immersion totale à travers John. Le narrateur.

L’idée d’Armelle est de centrer son thriller sur l’un de ces candidats. D’habitude, dans un thriller nous tournons autour d’un enquêteur, d’une victime. Ici, nous suivons un ancien psychologue, un tueur en série, machiavélique, réfléchi, au scalpel mortel. Jamais le lecteur ne doit oublier qu’il a face à lui, un homme à l’ego surdimensionné, un héros fortifié par une tendance au narcissisme, un tueur sans état d’âme avec, à son actif, un nombre fou d’homicides. La moindre empathie entre lui et nous est impossible. Et pourtant, dans ce lieu inquiétant, les flashbacks de John nous offrent son passé et ses rêves. Nous sommes sans cesse à la limite d’un rapprochement improbable lecteur/héros. Il deviendrait presque facile d’oublier que ces candidats sont la lie de l’humanité, sociopathes et psychopathes.

Le rythme mis en place par Armelle nous fait sortir de cette pseudo torpeur pour nous replonger de plus bel dans le jeu. Car il s’agit bien d’un jeu. Si les candidats ont le droit de sortir dans le parc et ont accès à certains souterrains à l’abri des caméras, l’accès à une chambre, la 502 leur est strictement interdit. Derrière les portes closes de ce sanatorium, il n’y a que des victimes en puissance Si un candidat perd le vote du public, la sanction est immédiate. Direction le couloir de la mort.

La beauté perverse de Criminal Loft réside dans le principe de tout jeu de téléréalité. Complicité, complot et manipulation entre les protagonistes. Les animateurs sont au sommet de l’indigne, voyeur, le public est avide de sensations fortes et de vengeance. La téléréalité est un exécutoire. Criminal Loft est un piège. A première vue, le lecteur tombe de dedans, mais il n’est pas le seul. Qui manipule qui ? Qui se cache derrière l’œil et la Voix de l’Ombre donne les ordres?

C’est un excellent thriller au sens littéral du terme. Ça frissonne. Entre malaise et horreur, c’est parfois éprouvant. Le plus d’Armelle est d’ajouter à l’ambiance sombre, une sensation de danger omniprésente.

Ce fut une très belle découverte.

Editons Milady

https://www.tripadvisor.fr/Attraction_Review-g39604-d1524185-Reviews-Waverly_Hills_Sanatorium-Louisville_Kentucky.html

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. lisasotohb dit :

    Ton avis donne vraiment envie!!

    J'aime

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