BOCCANERA – Pedinielli

Boccanera, c’est Ghjulia Boccanera, dite Diou, enquêtrice privée corse atterrie à Nice. Elle s’inscrit dans la plus pure tradition du polar. Le bandeau affichant la description de Raynal présentant Diou comme la fille de Montale est 100% juste. Elle en a tous les artifices. Pedinielli utilise tous les codes du genre. Fauchée, tabassée, Diou se relève à chaque fois. Diou a une belle dose d’inconscience, une tendance à se jeter dans la gueule du loup mais elle se relève à chaque fois.

Boccanera, c’est l’occasion pour Michèle Pedinielli, journaliste de son état, de prendre le temps de poser une certaine nostalgie et une réflexion. Dans ce premier roman, il y a, bien sûr, une belle dose d’action et d’humour, mais ce polar est vraiment l’occasion pour l’auteur d’afficher son indignation quand il s’agit de traiter des réfugiés ou de l’homophobie.

Sous couvert d’enquête, l’auteure pose un regard rempli de nostalgie sur Nice avant l’emballement économique lié au tourisme et à l’éventration de la ville par le chantier du tramway. Ces vieux quartiers de Nice font figure de personnages à part entière.

Dorian Lasalle, jeune homme à la gueule d’ange vient demander à Diou d’enquêter sur la mort de son amant, Mauro Giannini. Ex ingénieur en BTP, il a été assassiné chez lui. Diou visite l’appartement de Mauro, trouve une clé USB. Les cadavres vont s’accumuler Lasalle est le suivant. Plus les événements sont durs, plus Pedinielli se joue d’humour. Un bel exemple, celui où il s’agit de décrire Élisabeth Tordo et son patrimoine génétique chirurgicalement optimisé.

Mais surtout, suivre Diou, c’est aussi entrer de plein pied dans le reflet de notre société, éclairé par Michèle Pedinielli. On y parle d’art, de tolérance mais aussi de solidarité. Ce polar est lié à la réalité quand elle parle de Zeinah ou de Mo, ces réfugiés qui ont du tout recommencer en bas de l’échelle ou quand Diou s’évertue dans un monde bas du front peuplé de crânes rasés. Ghjulia Boccanera, est une quinqua dans son époque. Elle a son lot de problèmes mais aussi de nombreux soutiens à travers des personnages bien marqués et agréables à lire. Son ex, le commandant Joseph – Jo –Santucci, son coloc Dan, directeur de galerie et fêtard invétéré. Côté solidarité, ce roman à son lot de drapeaux arc-en-ciel qui flottent fièrement.

Alors oui j’ai aimé, Boccanera.

C’est un polar réglé avec minutie, maîtrisé du début à la fin, à la fois sombre et humoristique. Son héroïne est attachante, chiante mais attachante avec même parfois une once de poésie. Je cours. J’oublie la mort et la haine. Je m’emplis de bleus et de soleil.

Editions L’Aube Noire

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