Mon maître, son crabe et moi, by Jazzy

Wouarf !

Wouarf !

Nous sommes une famille comme les autres. Il y a quatre bipèdes autour de moi. Il y a « il » ou lui ou son chéri, « elle » ou sa chérie, son amour, la petite ou la gamine suivant le cas et le gnome, le nain, freluquet, qui est le plus grand de tous.

Faut peut-être que je commence par me présenter. Je suis un digne représentant des Canis lupus, le premier animal à avoir été domestiqué par l’homme. Suis-je le descendant illustre lignée, cousin des clébars de la reine d’Angleterre  ? Franchement, je m’en fiche un peu, je m’en bats la truffe. Je ne suis pas le plus grand, pas le plus fort, mais je suis bien sur mes coussinets. Je suis pétri d’amour. C’est l’essentiel.

Mes maîtres m’ont prénommé Jazzy.

Du haut de mes quelques centimètres et de mes 6,3kg, je suis noir, blanc et roux. Une belle robe noire et blanche bien espacée et répartie avec des marques feu au-dessus des yeux et sur les joues. Je suis une arme de séduction massive. A ne sortir qu’en cas de câlin. Je viens sans aucun doute d’Europe de l’est, mais tout le monde s’en fiche maintenant.  J’étais craintif et rachitique, mais je me suis rattrapé. Depuis, je vis dans un appartement en banlieue. Entre mes coussins et mes paniers. Un lieu plutôt bourgeois où certains de mes congénères ont encore la queue en brushing, on est un poil serré, mais ça ne ressemble en rien aux conditions que j’ai connu quand j’étais un tout jeune chiot. Aujourd’hui, j’ai le boggy en moi et ça me va bien. Je suis traversé par de multiples influences. Je sais être cool et me ressembler à  un Chet Baker ou me faire plus chaud à la Herbie Hancock, voire même crooner à la Dean Martin.

J’ai failli m’appeler Oumoi.

C’est l’histoire préférée de ma maitresse adorée. Lorsqu’ils ont voulu un chien, ils étaient d’accord. Enfin pas tous.  Pas forcément « Elle » qui ne voulait plus s’attacher à ce genre de petit animal canin. Bref, ce fut durant un moment était elle ou moi. Enfin, avant que l’on fasse connaissance. Parce que depuis, je me suis rattrapé, je lui ai vrillé le cerveau. « Elle » m’aime et je l’adore. Moralité, ça fait plus de 4 ans qu’« Elle » me prend sur elle et me papouille. Okay, elle refuse de me sortir le soir, mais c’était le deal. Et vue qu’elle a un bon fond, je dois avouer que c’est avec elle que je fais mes plus grandes ballades le week-end avec ma copine la grosse blonde. La grosse, c’est une vielle labrador qui m’a pris sous sa patte quand j’étais bébé. Je l’aime et je crois que c’est réciproque.

« Elle » prend soin de mes vaccins, ne loupe jamais un rappel, m’emmène chez le véto, une gentille dame qui me pique et me triture dans tous les sens. « Elle » se fait un plaisir de me carder quand on revient de la grande maison à la campagne où je peux me défouler quand je ne suis pas vautré entre deux coussins au coin du feu, pour que je sois propre et toujours présentable.

J’aime bien la grande maison pour s’aérer, c’est top, même si je suis toujours considéré comme le chien de la ville. Des clébards, y’en à pléthore, des bargeots sans collier, des aboient bizarre avec un accent rustique. La majorité est plus grosse que moi et ils en profitent tous dès que j’ai la queue retournée pour aller batifoler dans mon terrain, mais quand j’y retourne, j’assure mon territoire comme un vrai bas rouge, l’air aimable et la voix qui s’entend de loin. Je peux y courir et même y chasser les musaraignes. J’ai observé le chat du voisin faire. L’autochtone, ce n’est pas une lumière, du genre à se précipiter vers les phares d’un trente-huit tonnes pour faire l’amour avec un pneu. L’orgasme est de courte durée. Faut avouer que ça reste un contraceptif hyper efficace pour lutter contre la prolifération des matous. Car le chat tapisse facilement une centaine de mètre sur la route. Toujours est-il qu’Hector, avec ses 9 kilos de poils et de testostérone avait mis la barre haute. A lui tout seul, il avait fait un kilomètre, accroché toutes griffes dehors aux essuie-glaces d’un Renault. C’est seulement quand ce dernier eut freiné qu’il tomba. Hector roula sous le semi et se vit transformé en un tartare de 50m de long.

J’ai donc le choix entre la campagne et une vie trépidante et un intérieur cosi d’un appartement plus petit mais douillet. Le choix du lieu revient souvent à « Elle ». Lui s’en fiche un peu. Du moment où il peut passer un moment avec elle, il est heureux. Bref, nous sommes une famille unie avec ses hauts et ses bas, ses coups de gueule et ses éclats de rire. Une famille comme tant d’autres qui prend soin des uns et des autres.

Pourtant l’été dernier, un nouveau mot est apparu. Il a bouleversé notre vie à tous. Six lettres. Ok, je ne sais ni lire, ni écrire, je ne peux pas dire que je comprenne tous les ordres que l’on me donne, mais j’ai bien compris que ce mot les avait choqué au plus au point.

6 lettres et la vie d’avant ne sera plus celle d’après.Tout s’est déroulé très vite. « Lui » avait un rendez-vous chez son oncologue habituel, un véto pour les humains. Il avait mal au ventre et cachait une masse étrange présente depuis de nombreuses semaines. Un rendez-vous qui visiblement a été aussi nécessaire que salvateur, car après un scanner en urgence le lendemain, mon maitre a disparu durant une semaine. Examens, ponctions, internes, infirmières, odeurs et nourritures d’hosto. De ce que j’ai compris, les croquettes, c’est top. Faut jamais avoir de quoi comparer.

Ce soir là, ils sont rentrés tous les deux. Il y avait sur la table basse, le truc en bois à  hauteur de truffe, de quoi me régaler. Normal, c’était l’anniversaire de mon maitre. « Lui » est tombé dans les bras de ma maitresse et pour la première fois je l’ai vu pleurer. Le salon sentait la peur. A force de persévérance, j’ai finalement réussi à faire ma place entre les deux pour ma truffe. A coup de langue, j’ai lapé ses larmes. Ça l’a calmé. J’ai eu droit à d’énormes caresses. Il y en avait au moins pour plusieurs chiens malheureux. Entre deux pleurs, ce nouveau mot avait fait son apparition à la maison. Après c’est le moment où il faut savoir se faire discret si tu veux faire trainer tes deux longues oreilles qui pendouillent. Comme cadeau d’anniversaire, le toubib lui avait annoncé que lorsque l’on sait quoi chercher, il arrive que l’on trouve. Pas de bol.

Cancer. 6 lettres. 10 points au Scrabble. Un truc d’humain. Un jeu sans balle. Je ne peux pas comprendre.

Franchement, je ne voyais pas bien ce que c’était. Oui, il m’était arrivé de voir des personnes victimes de cette maladie autour de nous. Même très proche, mais là, il s’agissait de « Lui ». Ce mot allait très vite remplacer mon nom et ceux des enfants.Il l’appelait cancer, saloperie ou cette merde au fond de lui. J’étais content, il avait mis un mot sur ce qui n’allait pas. Il allait donc pouvoir se défendre. Car visiblement, il n’avait pas envie de mourir. Il avait encore des choses à faire, des lieux à voir et des gens à connaître.

Lors de son premier retour à la maison, il s’est mis à parler tout seul. En fait, non, « Lui » s’adressait à moi. Comme attendant une réponse. Moi, je ne pouvais que le regarder avec mes gros yeux, lui faire mon regard in-love et me blottir contre lui tant qu’il me poupouyait de caresses dans le haut du dos. Il était clair pour « Lui » qu’il voulait voir ses enfants grandir, les voir se réaliser, devenir adultes, être là pour les soutenir mais également pour rire avec eux. « Lui » voulait encore passer du temps avec la femme qu’il aime.

Dès que cette saloperie de mot a fait irruption dans notre quotidien, tout changé. « Elle » et « Lui »  ont dû s’habituer à une nouvelle idée. Un nouveau concept comme ils disent. Ils ont des mots pour tout, alors qu’un wharf suffit souvent à se faire comprendre.En cette fin juillet, alors que l’été s’était installé, il était devenu hors de question de partir dans la grande maison. J’avais chaud. Je traînais mes pattes et collais mon ventre dans le moindre carré d’ombre. Mais l’été n’avait rien d’agréable. « Lui » a, depuis, une épée de Damoclès. C’est qui ce maitre ? Jamais rencontré auparavant. Pourtant, il prenait de plus en plus de place ? Et c’est quoi une épée ?

Et puis d’autres mots osont arrivés. Ceux-ci, il m’a fallu un peu de temps pour réaliser de quoi il en retournait. « Lui » avait choppé un lymphome non hodgkinien B à grandes cellules. C’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à poser mes idées de chien. Parce que, bon, il faut l’avouer, on a beau, nous, être les meilleurs amis de l’homme, si on ne nous dit pas tout, comme voulez-vous que l’on réagisse correctement.

Les jours se sont ritualisés. Quand la famille part de la maison et que nous nous retrouvons tous les deux. Mon maitre se confie à moi. « Lui » ne m’a jamais autant parlé. D’abord, il évoque ses doutes, puis me livre sa peur. Je me sens dépourvu. Je n’ai que de l’affection, de l’amour à partager. J’ai le sentiment que pour lui c’est déjà énorme.

Il y a eu la première chimio. « Lui » était encore secoué, anesthésié en mode autonome. Une nuit à l’hosto sans dormir. Attaché à une machine qui lui glissait dans le corps un produit censé lui cramer sa tumeur gigantesque. Le bras droit ankylosé. Et dans la chaleur de la nuit des idées qui se retournent sans arrêt dans la tête. La bataille était commencée avec la relativité qui frappe à la porte. Ce qu’il considérait jusqu’alors important devient futile. Là où hier, il lui paraissait important d’afficher un certain statut, le reflet du travail de sa réussite sociale, il n’y a que des cendres. Une fois éliminé ces quelques scories du quotidien, il ne reste que l’essentiel, le curable. Le combat.  Le corps devient une contrée étrange. Ce corps est frappé d’une extrême fatigue. Puis c’est le cerveau qui semble fonctionner sans que les mains suivent et de temps à autre le contraire. Une dissociation qui s’esquisse à peser. Rarement les deux à la fois, comme dans la vraie vie. C’est à cet instant précis que le mot patient s’est illuminé dans sa tête. Car au fond c’est ce qu’il est devenu.

Bien entendu, il préférerait être fier, s’afficher aux yeux des autres comme un guerrier qui part sabre au clair, sans férir, ne courbant jamais l’échine, se relevant à chaque impact, renforcé d’une détermination sans faille par chaque épreuve. Mais il ne se révèle à ses propres yeux, seul dans cette chambre, qu’un homme qui apprend la rage de vivre. Reste le temps qui passe doucement. Trop lentement. Du temps et de l’amour, de quoi nourrir un homme à l’infini.

« Lui » et moi avons débuté notre vie à deux. « Lui » errant dans l’appartement, s’habituant tant bien que mal à ses nausées, moi, l’accompagnant de mon mieux. Lui tenant compagnie. De loin, je l’ai couvert du regard lorsqu’il allait vomir. Sa première fut, lourde, chargée, violente. Chaque jour passé, lui apprit un peu plus, qui il était en réalité. L’avenir incertain, la peur se matérialisa. A la fin du jeu, il n’y a pas de partie gratuite.
F.I.N. Ce mot l’effraie.
A tel point qu’il fut tétanisé à l’idée de commencer une histoire, un livre qui se finirait sans lui. 

« Elle » est à ses côtés. Elle gère la vie. L’amour est le plus merveilleux des combattants. On ne connaît vraiment l’espoir qui nous anime que lorsqu’il devient l’ultime voie.

Après le retour de sa seconde chimio, je l’ai retrouvé défait. Il lui a fallu 48h pour reprendre le dessus. La surprise passée, il savait à quoi s’attendre. Ce qui se passe à Curie, reste à Curie. La nuit dans les couloirs, il devient clair que pour vivre, il faut se battre contre soi-même. C’est une certaine folie qui mène ses pas au hasard des coursives, tant que l’énergie est là. Puis, c’est la course vers les toilettes encore une fois. Nous l’avons passé notre première nuit tous les deux. La toute première de ce qui allait devenir une habitude. Son odeur n’est plus la même. A les écouter, il sent l’hosto.  Moi je n’en mangerais pas de l’hosto. Franchement ça ne me régale pas la truffe. Mais j’en suis certain, cette odeur est celle de l’inquiétude, de la peur.

Je ne suis jamais bien loin de lui. L’œil prêt à s’ouvrir au moindre mouvement, à chaque changement de respiration. Je n’ai pas eu de mal a le reconnaitre pourtant il avait décollé.

Un après midi, il s‘est mis à hurler. Hurler sa rage. Pas contre moi. Non, contre elle. Contre sa saloperie de maladie qui peut l’emporter. Quand cette colère est arrivée celle-là, je n’étais pas fier. Si j’avais pu me faufiler sous les fauteuils du canapé je l’aurais fait. Il hurlait dans l’appartement comme jamais. En aucun cas devenir une victime. Tomber, soit. Le corps est ce qu’il est. Avec des défauts. Mais il faut à chaque instant savoir se redresser. A chaque fois., relever la tête. Toujours. Serrer les crocs à chaque douleur et se focalisant sur l’étape d’après.

Alors nous avons décidé de nous battre. Je l’emmène avec moi dehors. Je le force à sortir autant que possible. 3, 4, même 5 fois par jour. Oh, pas longtemps, juste de quoi épancher mes besoins naturels. A son rythme. Quelque soit le temps ou l’heure.Moi je fais la tournée des nouvelles du quartier et des potins de clébards et lui il souffle, marche et parfois croise un autre bipède.  Un bref salut. Et si l’autre montre le moindre signe de compassion, il préfère s’éloigner.

A partir du jour où mon maitre a déclarer  sa rage à cette foutue maladie, il a décidé de vivre chaque jour en pleine conscience. Profiter de chaque instant. Un truc facile à aboyer, mais plus facile à dire qu’à faire quand sa tension est basse. Pourtant, malgré les moments durs, il se focalisait sur ceux où il allait un peu mieux.

Un petit matin, le moral en berne, son corps ne répondait plus. Epuisé, déformé. 15 kilos en moins. Avec une foutue sensation que ses jambes, ses bras ne lui appartenaient plus. Une étrange perception. Le cerveau embrumé, détaché du reste. La douleur masquée par les opiacés, mais devenu l’ombre de lui-même, las, fourbu, il était devenu clair pour lui que s’il ne réagissait pas il allait se faire étriller par ses tumeurs. Un hurlement dans la salle de bain. Un flash. Hors de question pour lui de se laisser vaincre. La décision s’est prise en un clin d’œil. « Lui » allait faire parti de ces combattants. Devenir un warrior apte à terrasser ce crabe qui lui bouffait le ventre. Et comme d’un fait exprès, il a trouvé la musique qui allait l’accompagner des semaines durant lors de toutes nos sorties. Le casque rivé sur les oreilles, chantant à tue-tête, Don’t Stop Me Now de Queen. La voix de Mercury devenait incontournable. Comme un hymne à la vie. Les premiers pas dehors ont été durs. Je le promenais à attaché à ma laisse. Il posait un pied devant l’autre, chancelant comme un alcoolique. Chaque mètre équivalait à une victoire sur la vie.  Sortie après sortie, nous faisions quelques dizaines de mètres supplémentaires. Usé, ruiné, il se jetait sur mon canapé en revenant. Mais le sourire s’affichait à nouveau sur son visage gris et émacié. Il poussait ses petites victoires les unes après les autres. Je l’ai même vu griffonner sur un petit carnet ce qu’il allait faire après. Une liste à la Prévert, avec des envies simples et des souhaits incontournables. Des trucs qui lui paraissait désuets auparavant, mais qui soudainement se révélaient d’une cruelle importance. Comme une bouteille de Bordeaux, un futur canapé, ou un week-end avec « Elle ».

J’ai vu mon maitre tenter d’écrire les yeux pleins de larmes. Lui n’avait qu’un rêve, devenir écrivain. Ses mains ne parvenaient plus à aligner un mot. Son cerveau lui semblait embrumé. Alors, encore plus qu’avant, il est devenu lecteur. Ce qui au bout du compte n’est pas si mal, car ses amis de la Noire se dévoilaient comme des personnes au cœur grand.

J’ai débuté une nouvelle vie avec « Lui ». Mes journées et parfois mes nuits. Ils nous arrivent de dormir ensemble. Lové entre ses jambes. Un coup de museau pour lui fermer son ordinateur, un autre pour soulever sa main. J’aime l’avoir sur mon flanc quand je m’endors. Et s’il m’interdit de lécher ses larmes et de le lécher parce qu’il suinte des produits pas cool, il m’arrive de le tromper quand je sens qu’il en a besoin. Un coup de truffe, une roulade sur le dos, genre eh mon poto, j’veux une gratouille et hop dès qu’il s’approche, c’est moi qui reprend le dessus. 3 caresses et je le calme.

Cela fait des semaines qu’il passe son temps à la maison. Quand il revient de l’hosto, on partage mon plaid. Je suis préteur. Lui dessous, moi roulé en boule dessus. J’ai toujours envie de le lécher, pour lui signifier ma présence, ma confiance, mon amour. Mais j’ai une interdiction de le lécher. J’ai compris que c’était mal. Alors je me colle à lui. Comment lui monter autrement mon affection ? N’empêche que, ne plus pouvoir courir à ses côtés, le voir fatigué sans arrêt, m’inquiète.

Puis, je l’ai vu regarder ses mains. Elles étaient pleines de poils. Pour une fois, je n’y étais pour rien. Il versait des larmes car ses cheveux partaient à chaque fois qu’il se passait la main sur sa tête. Bon ce n’est pas comme s’il en avait des caisses, mais aujourd’hui, il a le crane lisse. C’est rigolo à lécher. Il n’aime pas ça, mais moi quand il dort à côté de moi, ça me fait marrer de le réveiller de la sorte. En plus, la crème dont il se tartine la tête sent bon. J’adore ça.

Après avoir séché ses larmes, j’ai compris que ses pleurs provenaient des médocs qu’il avale sans cesse. Il en a des tonnes à avaler. Comme des croquettes. Mais ça ne sent pas pareil. Question goût, je ne peux pas juger, si jamais une pilule tombe, j’ai intérêt à filer dans mon panier et me faire discret, jusqu’à ce qu’il la retrouve. Il a commencé à se comparer à Lux Luthor, non, il a bon fond, il n’aime pas kryptonite. Le Professeur X, ben non, il ne roule pas, il marche. M. Propre, hihi, ça m’a fait marrer, mais je ne peux pas lui dire que s’il met un t-shirt blanc, il va encore le tacher. Et pour les Vin Diesel, Dwayne Johnson, Bruce Willis et autres cowboys de la télé qu’il regarde à m’en épuiser mes gros yeux gentils, il n’en a pas les tablettes. Surtout depuis qu’il a perdu 12 kilos, et qu’il lui faut une taille de moins de pantalon par mois. Au fait, à propos de mes yeux, faudra dire aux scénaristes du Shrek, que ceux du chat ne sont qu’une pâle copie des miens.

Il y a aussi un autre truc que j’ai du mal à comprendre du haut de mes quatre pattes. Le  concept du Dieu. Dieu me dépasse vraiment.  Que cela soit mon maitre ou ses amis, ils y font de temps en temps référence.  Surtout quand ça ne va pas dans leur vie. En plus, ils en ont plein. Imagine un instant que ce soit la même chose chez nous.  Un Dieu que tu sois bouledogue ou chihuahua, mais ce serait un bordel sans nom. On serait à deux doigts de se mordre pour imposer le notre aux autres. Pas de ça chez les canins. On est plus intelligent que ça. Quoiqu’il en soit, pour un homme ou pour un chien, je suis certain que la beauté de l’âme ne réside pas dans un Dieu, mais au fond de nous pour peu que l’on s’en donne la peine. Etre à l’écoute des autres de soi, faire preuve d’un minimum d’empathie.

En même temps, y’a pas mal de trucs que j’ai du mal à appréhender.  Le concept de la balle par exemple. Il fallait que je la ramène à ses pieds pour lui faire plaisir quand il a envie de jouer. Ben si je veux jouer avec lui, il n’a qu’à venir la chercher comme moi. Après tout, s’il me la lance, je peux bien faire la même chose. J’ai toujours un peu de mal à comprendre pourquoi on ne peut pas se reproduire avec un coussin quand on en a envie. Que je sache, le coussin est inerte et ne portera jamais plainte au commissariat pour mauvais traitement. Et puis, le concept du temps. Pourquoi « Elle » ou « Lui » ne veulent pas jouer dans la nuit. Une fois réveillé, on peut faire plein de trucs. Eux non. Dès qu’ils sont dans leur grand panier, il m’est interdit de faire du bruit. Alors j’ai pigé le truc, je me mets à ronfler auprès d’eux. Parfois, juste un peu plus fort.

La 3ème chimio passée, « Lui » a débuté une nouvelle vie. Sa vraie vie, autour de ses amis, autour de la table. Et là, ça discute. En général ça sent bon dans leurs gamelles, ils rient, grognent se charrient et parfois sont sérieux. Dans ces moments là, j’attends qu’ils débarrassent pour aller grappiller le fond d’une assiette, allongé sur un coussin sur le canapé en les surveillant du coin de l’œil en écoutant les fourchettes tinter dans les assiettes. Mais je m’égare. Revenons au concept que l’homme a établi. A priori, ça ne date pas d’hier.

« Lui » me parle durant nos promenades, je ne cours plus de travers. Je reste attaché à lui. J’ai 1m60 de longe. Pas de quoi me défouler les pattes. Mais c’est suffisant pour faire des ballades à son rythme. Ces derniers temps elles se font  plus nombreuses. Durant ces moments là, je deviens un confessionnal à 4 pattes. Au moins, il est certain que je ne cafterais pas. Et avec moi, pas d’inquiétude pour les enfants. Le seul truc que je veux d’eux c’est un câlin. Et je ne demande aucune contrepartie. Il me parle de la peur. De son inquiétude sur son avenir, de sa crainte de ne pas voir ses enfants grandir et surtout de sa frayeur de devoir abandonner sa femme. En revanche, jamais, il ne se plaint de devoir suivre ses traitements. Même, si certaines fois, il a l’air de les regretter.  Il me parle beaucoup plus d’espérance. Ce mot revient souvent dans sa bouche. Dans sa confiance dans son combat. Il a la certitude de s’en sortir forgé en lui. C’est décidé, il va gagné. Ça me fait plaisir quand il est comme ça. L’espoir lui fait du bien. Il lui redonne de l’énergie. Il y a comme un souffle de vie et de sourire qui illumine son visage tiré et fatigué. De nouvelles rides sont apparues. Les rares poils qui lui poussent dessus, sont blancs.

Il rêve d’un futur. Ça à l’air idiot dit comme cela. Mais quand la vie peut s’arrêter, quand on ne sait pas si le prochain semestre on sera encore parmi ses proches, cette notion prend une importance capitale. Le futur pour moi se limite à ma gamelle et à mes envies dans les prochaines secondes. Envie de pipis, de caresses, de jouer. Pas de quoi croquer un chat. Lui voit plus loin. C’est encore vague, mais ça flaire bon l’espoir. Il me raconte aussi, ses aller-venues à l’hôpital. Il est frappé par la bienveillance du personnel. Le sourire des infirmières castées tant pour le professionnalisme que pour leur gentillesse. Elles sont absolument formidables. Comme quoi, on peut allier la beauté intérieure et extérieure. Une voix posée dans la nuit, une main posée sur une épaule. L’art de l’écoute pour faire disparaître les doutes et les larmes. Un sourire pour gommer le stress et des mains de fée pour te piquer. Des centaines de petits détails qui n’ont l’air de rien mais qui donne un sens à ce métier. « Lui » sait leur être redevable. A tous, docteurs, professeurs, personnel soignant ou simple aide soignante. Chacun, chacune est à la source d’un petit miracle.

Je suis son confident. En fait, je suis leur confident à tous. Je devrais leur faire payer mes séances en croquettes.  Un tarif heure/croquette, de quoi innover. Non imposable, un truc à manger les preuves. Asseyez vous dans le panier. Oui il est moche et inconfortable, mais je vous rappelle que vous l’avez choisi car il se lavait plus facilement au cas où. Au cas où quoi. Je suis un chien propre. Pas besoin de vous faire un dessin. Moralité « Lui » a sa séance à la campagne à côté d’une bassine en plastique grise avec un plaid en tartan ramené de leur dernier voyage en Ecosse, ou dans mon panier plus classe qui trône dans le salon. Un truc confortable, rembourré mais que j’ai grignoté. De toute manière je préfère mon canapé.

Le temps passe à une vitesse folle. On reporte souvent à demain les choses qui nous semblent futiles alors qu’elles sont d’une importance folle. Des petits riens, des plaisirs de tous les jours. Un sourire, un Je t’aime, une sortie en amoureux ou juste aller voir les copains pour prendre un verre. Si « Lui » bénéficie de mon amour sans borne, il se sait redevable de la force fournie par ses amis. Ceux pour qui la distance n’existe pas, les proches et les nouveaux. Incroyable comment la maladie fait le tri. Il y a les nouveaux, ceux pour qui son état est normal. Ils sont bienveillants et d’une proximité incroyable. Il y a les anciens., ceux qui le portent. Tous lui confèrent une force et éclaircissent ses journées. « Lui » n’en veut pas à ceux qui se sont éloignés. Chacun gère sa peur. C’est lorsque l’on a le dos au mur, que le temps devient physique que l’on s’aperçoit de sa gravité, de son sérieux. Depuis maintenant 3 mois, le temps se matérialise devant lui. Il sait son poids et sa portée. La peur est encore autre chose. Elle va, elle vient. Quand elle le saisit, il est tétanisé. Pour l’instant, elle lui est sortie de l’esprit. Oh bien sûr, il est des moments où il appréhende la suite mais l’envie de voir ses enfants se réaliser, grandir, s’épanouir balaye tout. Il sait qu’il reste une chance – peut-on appeler cela de la chance – qu’au détour du chemin ça finisse pas bien en tout cas que ça finisse beaucoup plus tôt qu’il ne l’aurait souhaité, espéré. On revient sur l’espoir. Mais de cela je ne veux pas y penser. La seule chose qui m’obsède, c’est l’instant présent. C’est de le voir retrouver l’énergie qui génère l’envie, l’envie de sourire, la capacité de pouvoir se déplacer sans être éreinté au bout d’un quart d’heure. C’est le vrai combat. Plus ça va, plus il remporte ses passes d’arme entre sa saloperie et lui. Son inquiétude monte à mesure que le 8 octobre se rapproche. Mais j’ai confiance. Je sais que cette merde a morflé. Reste à savoir jusqu’où. Ne jamais baisser les bras. Il essaye à chaque minute de se montrer combatif.  Déceler dans chaque instant, même dans ceux où il est au plus bas, dans chaque petit geste quand son corps est à deux doigts de le lâcher tant la fatigue est grande, dans chaque mètre parcouru, il tente de dénicher des petites victoires. Victoires, qui mises les unes au bout des autres ressemble de près au chemin de la rémission. A la porte de la cinquantaine, depuis cet été, son quotidien s’est vu bouleversé. Depuis 3 mois, il semble avoir apprit tant de choses, sur lui et sur les autres. Sur ceux qui l’entourent. A ceux qui pensent que se dévoiler ainsi est outrancier ou vulgaire, allez vous faire foutre ! Aux autres, merci. Grâce à vous, il a accepté la notion de patient. Oui, il est malade. Sa vie est en jeu.  Il ne connait pas l’espace qui le sépare de la fin. Mais il suis certain que grâce à ses amis, il s’est forgé un esprit de combattant qui chaque jour se renforce davantage.

4ème mois. Il a apprivoisé sa peur. Sans résignation, ni capitulation. Il l’a accepté avec une belle dose d’abnégation. C’est sans doute plus facile quand les résultats intermédiaires sont bons. Il n’empêche que rien n’est gagné avec ce truc. On remporte des manches. On recule l’échéance, on espère la rémission. Et ça déjà énorme. Il danse sur un ring imaginaire. Son challenge entrevoir l’avenir sachant que tous le verront comme un malade en rémission. Certes, c’est ce qu’il sera. Mais c’est avant un survivant, un soldat, quelqu’un qui aura donné son énergie, se sera relevé à chaque fois qu’il aura eu un genou à terre.  Je le vois devenir militant. Il hait les regards détournés ou pire encore les atermoiements ou ceux qui lui parlent  comme s’il avait déjà un pied dans la tombe. Non, il est vivant. Chaque respiration, chaque matin se présente comme une opportunité, un moment de plaisir. Il est devenu agressif quand dans le regard des autres il y perçoit de la pitié ou de la peur. Le cancer peut-être mortel, mais il n’est pas contagieux. Alors que la connerie paraît être sans borne.

Mon maitre me saoule avec l’album Jazz de Queen qu’il écoute sans cesse, surtout Don’t stop me now qu’il écoute en boucle. Son hymne à la vie. Je l’ai vu en pleurer. Je l’ai entendu la hurler la nuit quand il me promenait seul come pour mieux se charger d’énergie. Heureusement, il alterne avec Bach. L’un pour le reposer, l’autre pour lui donner toute la rage, la détermination qu’il lui faut pour combattre.

« Lui » va mieux. Revenu de sa 4ème absence, il a l’air d’avoir la patate. Enfin comme on peut l’avoir dans ces coups de temps-là. J’ai cru saisir que les toubibs avaient stoppeé ses anti-douleurs.  Une bonne chose, si j’ai tout saisi.  Mais ils sont gentils eux, on voit bien, que 48h après, ce n’est pas eux qui le réveillent quand il est allongé entre l’entrée et les chiottes en pleine crise de manque. Un vrai junkie, genre rock star des années 70s, avec toute la panoplie, gelé, en sueur, tremblant, vomissant. Manquerait plus que de l’attacher au radiateur de la salle de bain. Bref c’est encore une belle cochonnerie qu’il doit extraire de son corps.

Un esprit de militant monte en lui. Il porte son lymphome non hodgkinien b diffus à grandes cellules comme un étendard. S’il est toujours ému par l’attention qu’il attire et est plus que jamais furieux contre cette maladie. Ils sont 2540 nouveaux cas par an sujets à cette maladie liée à la prolifération maligne de cellules du système immunitaire. La guérison du lymphome est prévue chez plus de 50 % des patients. Il ne fait aucun doute pour lui qu’il fera parti de ceux-là. « Lui » a maintenant un objectif rivé au plus profond de son être. Il veut se battre pour la reconnaissance des guerriers qui l’entourent, ce pour qui la double peine est tombée. Ils doivent se battre sur tous les fronts. La maladie et ses effets, sa compréhension car le cerveau marche parfois au ralenti, son acceptation, leur relation face au travail. Les revenus qui baissent, il sait les gérer pour l’instant. Reste le retour. Le retour vers l’emploi. Car il n’a pas encore 50 ans. Il est vivant et il n’a pas encore l’intention de se résigner à être posé sur le bas côté. Dès aujourd’hui, il pense à ce retour, même si sa main engourdie ne peut plus écrire. Il recommence  lire. C’est déjà ça. Sa fatigue s’est installée. Elle est lourde, pesante. C‘est moi qui le promène. Les jours raccourcissent, le froid tombe. L’hiver vient. Tout cela ne l’engage pas à sortir. Pourtant, il le faut.

5ème chimio, sa main gauche est revenue, la droite reviendra bientôt. C’est juste une question de temps. Ils m’ont laissé à la maison. A moi les coussins du canapé. Ils ont sont odeur. Je m’y love avec plaisir. J’y dors. Je me traine de l’un à l’autre. Je passe le temps alors qu’« Elle » et « Lui » sont partis à son rendez-vous chez l’hémato. Le pet scan est bon, la saloperie, il ne dit pas chienne devant moi a disparu à 90%. Elle a morflé, il est rassuré, il ne subit pas ses fichus traitements pour rien. Il est rentré un peu défait, il a finalement appris que c’était un cancer de stade 4. Le couperet est tombé tard. Il n’en est pas moins violent. Il a senti avec retard, le fil de la hache sur sa nuque. C’est avec cette idée d’avoir joué avec le feu qu’il est parti faire cette 5ème chimio. Mais cette fois, il est revenu dans la journée. Et ça, c’était cool. Car j’allais l’avoir à nouveau pour moi. Il est clean. Pas de nausée, pas de contre-coup, si ce n’est cette fichue fatigue. Il est épuisé. Je le sens. Quand je le colle, il n’a pas la force de bouger. J’essaye de jouer avec lui, mais il réagit moins vite.  La bonne nouvelle, est que sa tête remarche. Il ne pleure plus. Le combat se déroule dans les profondeurs de son corps. En surface, il tache de faire bonne figure. Il se concentre sur son retour à la vie.

6ème chimio, c’est devenu presque une habitude. Il gère. C’est la dernière. Normalement. Il croise les doigts. Il gère sa fatigue et ses doutes. A partir de là, c’est lui qui me sort. La laisse est plus ferme. Mes ballades durent plus longtemps. Il s’astreint à des routines. Comme déjeuner une fois par semaine avec ses copains. Pendant ce temps-là, je l’attends sagement. Je m’habitue à peine au moment où il va partir revivre sa vie et me laisser seul dans l’appartement. Car personne n’en parle, mais je me suis habitué à l’avoir dans les pattes toute la journée. J’adore squatter ses genoux pour dormir. J’aime sa main posée sur mon flanc. Ma respiration est calme. Je me laisse complétement aller. Malgré mes 6 kilos, je ronfle comme une vieille locomotive à vapeur. Si jamais, un bipède ose dire que nous ne sommes pas le meilleur ami de l’homme, qu’il aille se rogner un os. Quant à « Lui », il voit son corps se relâcher. Il lui fait payer le moindre effort. Pourtant il les multiplie. On marche de plus en plus. Il gère son après chimio. Tant la gestion du temps que celle du corps, il paraît motivé comme jamais. Certes, la fatigue est toujours tapie dans un coin. La sieste est obligatoire après chaque effort. Même le plus petit. Comme quoi, il y a bien une vie d’avant et une vie après.

La vie d’après, il la prépare dès aujourd’hui. Elle est synonyme de retour au boulot. De reprise de certaines habitudes. Pas toutes. Il laisse derrière un certain nombre de ses espérances, de vieux réflexes acquis. La combativité gratuite pour une carte de visite et une reconnaissance futile s’éloigne de lui. Il n’a plus besoin de cela. Le sens. Sa vie future se dessine dans ce seul mot. Pour la première fois, il a conscience de l’importance de la vie. Un discernement que ne peuvent adopter que ceux qui ont vécu un drame qui les a profondément bouleversé. L’envie de vivre sa vie, comme un air de jazzy. Une partition simple et qui lui colle à la peau.

Here and now.

Hors de question de rester moisir devant la télé à se faire gaver d’ignominies, il reprend plus que jamais ses lectures. Sa famille du noir, plus que jamais présente, l’entoure. Ecrivains, bloggueurs, éditeurs, lecteurs. Elle le booste. Grâce à eux, et grâce à sa famille qui ne l’a jamais lâché, grâce à moi, grâce à tous ceux qui sont autour de lui, qui lui offre leur force, leur amitié, il est sur la bonne voie pour vaincre.  Son empathie s’est renforcée. Comme pas mal de warriors, ces guerriers du cancer, il sait faire preuve d’une combativité qu’il ne soupçonnait pas il y a quelques mois. Une motivation hors norme coule dans ses veines.  Sa rage de vaincre n’a d’égale que la confiance qu’il a maintenant en lui. Il est prêt pour son prochain combat, son retour au boulot.

Un an est passé depuis l’annonce. Il n’a pas lâché. Le traitement suit son court. On a repris nos promenades. Lui a recommencé son boulot. Oh pas encore à plein temps. Pas la peine de forcer. De toute manière, il n’en a pas encore la force. Et si je le vois partir pour son traitement avec une obéissance rare, il passe toujours du temps à mes côtés.

Le temps est devenu une routine . Cachets tous les matins– je n’ai pas le droit d’y toucher et si un tombe à terre, j’ai tout intérêt à filer à l’opposé de la pièce, piqure régulière, gestion de la fatigue. Fichue fatigue toujours présente.  Je reste allongé sur son flanc quand il dort dans la journée. Harassé, pris au dépourvu par une faiblesse ignorée. Le reste du temps, il est debout et tente de faire comme si de rien n’était. Comme si cette fichue bestiole lui était sortie du ventre une fois pour toutes.  Mais je la sens, elle est tapie dans l’ombre. Toujours là. En tous cas, son spectre. Car il y a sa vie d’avant et celle d’aujourd’hui. C’est presque le même. Pourtant, il est différent. Non pas qu’il est grandis, mais on ne sort pas indemne de ce combat. C’est un autre que j’ai face à moi.

Avec un moral de guerrier, celui d’un vieux guerrier parfois, plus que jamais, il s’attache à la vie. Il la mange, la dévore, en apprécie la saveur. Epicurien boulimique, il a finalement fêté ses 50 piges. Ce n’était pas gagné. Il m’a avoué être fier de cela. Car rien n’était gagné. Le vent du couperet, il l’a senti dans le creux de son cou. Il n’a rien oublié. La douleur, la volonté de vaincre, la soif d’avenir.

Pourtant au bout d’un an, je l’ai vu pour la première fois avoir peur. Déambulant, faisant les 400 pas en pleine nuit. D’une humeur de chien (mais qui invente des truc pareil ?). Le cerveau en fusion, démarré au quart de tour par un simple début de phrase. Et si… Deux mots qui s’ouvrent sur un méandre de maux. J’ai vu mon maitre douter. Apeuré comme jamais auparavant à l’idée des résultats. Pourtant au bout d’un an, tout est sous contrôle. Il a repris une vie. Sa vie. Avec le refus de revoir la précédente offrir le bout de sa truffe. Comme un fichu chat. Il doit en avoir 7 ou 9. Dans tous les cas, plus d’une ! Et je fais parti de celle-là ! J’en suis heureux. Bref, je l’ai senti tremblant jusqu’à ce soir où il est revenu soulagé. Physiquement hors service, mais re-boosté. A chaque jour son combat. Mon maitre est un guerrier. L’amour que j’ai pour lui, n’a d’égal que celui que j’ai en retour.