Covid et les salauds

Quel florilège de conneries, je vois déferler ces derniers temps. Je ne parle pas des infos, des discours lénifiants ou des journaux de confinement bobos, mais de certains posts avec un impressionnant flot d’autocongratulation professionnelle où la vacuité ferraille contre la connerie, où chaque action se doit d’être visible et reconnue (pour une défiscalisation ou à défaut un retour d’image positif ?) sur les réseaux sociaux. L’engagement social de la masse pensante en entreprise bat des records. Sans doute est-ce ma faute. Le recul contraint m’offre une perspective intéressante. Alors à ceux qui prennent une posture, osant juger, peser, compter et s’arroger la position de donneurs de leçon en songeant en priorité à l’angle économique, allez juste vous faire foutre.

Si pour vous, il est économiquement justifiable d’envoyer des hommes et des femmes au-devant la maladie, puisque nous sommes en guerre. Que puis-je pour vous ? Vous jouez sur la peur. Cet outil tellement facile à mettre en œuvre. Il fonctionne à chaque fois. Mais c’est minable. La guerre, c’est face à un autre. Là, il s’agit d’une catastrophe sanitaire. On ne se bat pas contre. On fait front ensemble. Et ensemble, on ne sacrifie personne. Car chaque vie est précieuse. Une vie n’a pas de prix, ou alors commencez par évaluer la vôtre et dégagez-moi de vos amis.

A vous qui découvrez le confinement, vous à qui il parait terrible voire adorablement créatif de rester dans un confort, fut il restreint, il ne me semble pas que vous soyez à même d’imaginer ce que c’est vraiment. Vous risqueriez de vous fouler un neurone si chèrement assoupli et conditionné. Songez une seconde aux gars coincés dans l’ISS ou simplement aux quelques gamins et adultes dont le quotidien se déroule en chambre stérile. Sortir, c’est mourir. De toute manière, ce confinement, vous ne le respectez pas car un virus ne se voit pas. La maladie est toujours celle des autres. Si vous sortez, ayez au moins la décence, à défaut de courage, de cocher sur votre attestation la case, « Respectez mes convictions de connard et laissez-moi crever ».

Car au milieu de tout ça, il y a la vie et ceux qui tentent par tous les moyens de survivre jusqu’à la fin du mois ou à la fin de la journée. Bref ceux qui luttent. Covid ou non. Oui, derrière cela il n’y a que la vie. Elle est fragile, n’a pas de prix et il n’y a pas de partie gratuite.

Pour certains d’entre-nous, chaque nouvelle journée est la raison même d’un combat.

Je vois dans les yeux de mes soignants une dévotion inconnue chez les gens de foi et de principe. Et lorsque j’observe les bien-pensants déposer leurs petits mots sur un pare-brise ou une boite aux lettres pour éloigner le moindre risque ou ces merdeux briser des voitures pour récupérer du matériel de protection, je me dis que l’histoire bogue. Les salauds sont toujours vivants.

Enfin, j’espère que vous n’oublierez pas. Notre confort est dû à des tas de petites mains anonymes et précieuses. L’optimisation n’a rien d’humain. Lorsque ce passage sera fini, vous serez déconfiné. Songez à ceux qui continueront à l’être, à œuvrer pour la vie, sans ne rien réclamer d’autre que la capacité à pouvoir continuer à se dévouer pour les autres dans la dignité. Car ce ne sera pas le dernier épisode.


Et je vous en conjure, si un mot vous choque dans ce court texte, faites-moi plaisir, barrez-vous de mes proches. Vous êtes indigne.  Pour les autres, je vous aime.