SEMIA – Gloaguen

Il y a du renouveau du côté de la Série Noire. Certes, elle ne s’était pas endormie sur ses lauriers. Mais de nouveaux auteurs arrivent avec fracas et ils sont redoutables. Diablement intelligents, ils écrivent bien, maitrisent le style et le fond. Ils sont ancrés dans leur époque. Okay, avec Semia, je ne suis pas totalement impartial. J’ai attendu longuement ce roman qui m’avait séduit dès sa première mouture. Mais l’auteure (je déteste l’autrice) a, avec patience et travail, forgé un thriller remarquable.

Comme je l’ai souvent écrit, la force du roman noir est d’offrir une vision de notre ère, de se couler dans les tourments de nos sociétés et à travers, un imaginaire costaud, de s’attaquer à nos maux. En ce début de vingt-et-unième siècle, le monde de Manhattan Caplan est aussi complexe qu’il peut être parfois pitoyable. Jeune mère, future célibataire, accroc au portable, elle désespère de conserver son poste dans une boite de prod. Alors quand une bande de pendus se balancent dans la zone commerciale de la défense, il convient à Manhattan de garder son sang-froid, de sortir le scoop et de trouver une ligne de conduite pour ne pas céder. Flancher, c’est mourir.

Avec Semia pour Sematic Analysis, Audrey, nous balade entre la région parisienne et le Japon. Où que nous soyons, nous sommes pistés. Nous faisons semblants d’être heureux ou alors nous nous satisfaisons de notre cécité tant qu’elle correspond à nos aspirations. Nous offrons notre vie et notre âme, si tant est que nous en avons une, aux autres. Derrière eux, à des algorithmes et des intelligences artificielles. Et derrière les chiffres et les lignes de codes, se cachent des hommes et des structures. On ne sait plus qui régente l’autre. Et si l’image que nous offrons aux autres est celle que nous souhaitons avoir de nous-même, il n’en résulte qu’un égo doré et une vision glaçante. Toute la futilité de nos désirs est là. Semia nous entraine avec vivacité dans un univers où le journalisme se bat pour conserver une aura d’investigation, où la psychologie montre ses limites, où les secrets d’Etat se moulent dans des tendances suicidaires, où la manipulation des datas est une arme tranchante.

C’est brillant et assurément un excellent thriller à deux coups. Le premier est la force romanesque drainée par l’héroïne, le second la réflexion suscitée.

Gallimard, la série noire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s