LES NUITS ROUGES – Raizer

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Le brasier est retombé il y a des décennies.  Pourtant personne n’a oublié. C’est devenu un souvenir enfoui. Le nord-est de la France comme un essai grandeur nature de la paupérisation de la République, l’abandon des hommes et la liquidation de toute possibilité de revoir un jour une once d’espoir. Pourtant les braises n’attendent qu’un souffle pour repartir dans cette région jadis sidérurgique. Rien n’est plus vrai que cette région dévastée où le sacrifice du plus grand nombre s’est fait au profit de quelques-uns.

La crise de 79 a tout ravagé y compris un syndicaliste qu’elle a laissé sous le crassier et avec lui, à titre d’exemple ses jumeaux et sa femme sur le carreau. Quarante ans après, alors que le cadavre de son père est exhumé, Dimitri, le plus paumé deux d’eux, s’essaye à la vengeance dans une colère écarlate, aussi rouge que l’était l’acier vomit des hauts-fourneaux.

Sébastien a signé un très bon roman noir. Certes, on s’éloigne de sa trilogie, mais c’est pour revenir sur un fond social fort et sans pitié.

Tout s’écrit dans l’Histoire. Au-delà des promesses politiques et industrielles, la manipulation de la masse populaire puis sa reddition et enfin la résignation.

C’est dans ce paysage désolé que revient la plume de Sébastien. Elle est toujours acérée. Elle fait mouche comme un carreau d’arbalète en pleine tête avec ses personnages fondus. Un flic incroyable, Faas, un autre, Keller, plus posé qui apprend la région avant de réagir, un fils de syndicaliste paumé, Dimitri et un autre qui a presque réussi, Alexis, Raizer nous fait traverser Les Nuits Rouges où se lâchent les ignobles, les barbares pour dévorer les plus faibles.

Des hommes et des femmes, il ne reste que des miettes. Tout ce monde a plongé dans l’univers de Sébastien. Dans l’alcool, la drogue ou la folie. Chacun s’est résigné quand quelques requins y vont vu un territoire à conquérir. Quand il n’y a plus d’espoir, que la justice n’est plus qu’une idée râpée et défraichie, il ne reste que la vengeance.

Quand le noir se fait rouge, cela coule par tous les pores. Et une nouvelle fois, le roman noir n’est jamais aussi physique que lorsqu’il ancre ses racines au plus profond de notre histoire commune.

Editions Série Noire Gallimard

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