ILS ETAIENT VINGT ET CENT – Petrosky

J’ai mis du temps à me résoudre à lire ce livre. L’envie était forte. Mais le sujet lourd. D’autant plus lourd que je savais mon copain apte au meilleur. C’est un mec au cœur grand. Un gars capable de te faire péter un bouton de culotte à coup de blagues et de bons mots à travers les aventures de son curé.

Il fait, ici, œuvre de salut public. Il jette des émotions en pâture. Et pas des moindres.

Ils étaient vingt et cent est un monstre. Un monstre à lire.

J’ai avalé ce roman, car il faut le reconnaitre, c’est sous cette forme que Stan a donné vie à cet ouvrage. Je l’ai avalé en apnée. Ce livre, qui traite de la mort, de l’horreur, je l’ai avalé avec dureté. Parfois en étant obligé de le poser pour respirer, reprendre un filet d’air frais. Mais il m’a happé. Une nécessité de le finir me rattrapait au bout de quelques minutes. Il me fallait le lire d’une traite, comme on tabasse un morceau de métal brut sur une forge pour lui donner ensuite son usage.

Aller jusqu’au bout.

Comme un devoir de mémoire.  

La mémoire. Ne pas taire l’innommable, l’ineffable. Lui redonner forme humaine pour transmettre ce que la bête fait de l’homme. Pour ne pas oublier que l’homme est capable de toutes les lâchetés et de toute la barbarie. Qu’il ne lui faut pas grand-chose pour obéir et courber le dos. Pour vivre ou survivre. Car la bête est toujours là. Il suffit pour s’en rendre compte de lever la tête, d’écouter.

J’ai accompagné Gunther à Ravensbrück.

Ravensbrück, camp concentrationnaire réservé aux femmes. Ce jeune homme ne voulait que dessiner et peindre. Gunther est témoin du pire. Il le pose sur papier. Adieu la légèreté. Adieu l’humanité. La Shoah. L’extermination. L’annihilation.  A travers les dessins de Gunther, Stanislas nous ouvre l’enfer de ce camp. Souvent à la limite de l’insoutenable, toujours pétris d’humanité ou d’inhumanité, ceux que j’ai  croisé dans ces pages ne sont pas tous sortis de l’imagination de l’auteur.

Quant à moi, je sors du roman.

Quelques noms résonnent encore à ma mémoire. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mais il est impossible de les citer toutes. 132 000 femmes et enfants furent déportés, 90 000 assassinés.

Ce livre est un voyage au bout de l’horreur. Celui d’une nuit qui dura des années. Je suis d’une génération qui a le souvenir proche et qui tente de le transmettre. De cette nuit, nous ne vivons que l’aube. Une nuit qu’il est nécessaire de raconter.

Je savais mon copain, bon écrivain et humain. J’en ai eu la preuve sous les yeux. Ils étaient vingt et cent fait partie de ces livres qui bouleversent et qui s’impriment au fond de votre cerveau. Intense.

Rares sont les fois où j’exhorte les lecteurs de mes chroniques à lire. Là où d’habitude je pose une expérience de lecture, je vous prie de lire, de transmettre ce livre. A défaut de le faire pour vous, faites le pour eux, ceux de Ravensbrück et les autres et surtout pour ceux qui, je l’espère, n’auront jamais à connaitre cela.

J’ai toujours dans ma PAL, La fabrique des salauds. Ce livre attendra un peu. Histoire que je reprenne pied.

Editions French Pulp

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. A 100% d’accord avec toi… livre très dur, très humain et nécessaire pour ne jamais oublier!

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  2. J’ai été éprouvée aussi par cette lecture et comme tu dis le devoir de mémoire est primordial ! La transmission aux générations actuelles devrait être publique et générale… Pour éviter l’éternel recommencement. Malheureusement, l’oublie est dans la nature humaine…

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  3. Je te rejoins : à lire absolument !

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