UNE COSMOLOGIE DES MONSTRES – Hamill

Si je suis honnête, je dois écrire que je n’ai pas accroché à 100% à cette Cosmologie. Enfin pas dès le début. Il m’a fallu la pénétrer, la laisser entrer en moi. Elle m’a demandé un effort. Sans les éloges que j’entendais, ça et là, je pense que j’aurais lâché cette lecture. Le fantastique est un univers que j’ai abandonné depuis longtemps. Adolescent, j’ai adoré HP Lovecraft.

L'influence de ce dernier fut grande sur mes choix littéraires. Cthulhu et ses entités, ses créatures maléfiques et ses personnages incapables de lutter contre leurs destinés m’ont accompagné des années, jusqu’à le syndrome de Céline se révéla à moi. Je me pose toujours cette fichue question : faut-il séparer l'homme et ses positions de ses écrits ? Accepter le tout, le rejeter ou ne conserver que ce qui m'arrange. 
Néanmoins, j'avoue qu'HPL m'a permis de découvrir Robert Bloch et Fritz Leiber mais aussi Clive Barker Guillermo del Toro et bien entendu John Carpenter et bien entendu cela m'a mené au sieur Stephen King.

Adulte, j’attends davantage qu’un monstre qui gratte à la fenêtre, une série d’aberrations aptes à lacérer le héros ou à l’avilir physiquement et mentalement. Bien m’en a pris d’avoir résisté à la cosmologie en combattant mes premières pages de lecture. Car, une fois que je me suis insinué dans ce roman, j’y ai découvert un monstre de subtilité, une lecture captivante au-delà des tentacules et des griffes.

Le style de Shaun Hamill est volontairement sobre. Il tend souvent à la frontière de la mélancolie. C’est à l’opposé de HPL et de tous les romans d’horreur. Preuve en est qu’il n’y a aucun besoin à laisser couler des flots d’hémoglobine suinter le longs des paragraphes pour susciter l’effroi. La tension se distille tout en suggestion, dans une ambiance très particulière. Rapidement, il pose un voile d’inquiétude. Celle qui plane autour de la famille Turner à Vandergriff au Texas.

La cosmologie des montres est à mon sens bien plus qu’un roman fantastique. C’est l’histoire trans-générationnelle d’une famille en plein dysfonctionnement. Une histoire faite d’appréhension.

Shaun Hamill élabore ses personnages sur une période longue. Ils sont solides et font preuve de profondeurs.

De la rencontre des parents dans les années 60 – Harry qui exorcise ses peurs à travers la littérature « pulp » et Margaret, pas maternelle pour un sou, issue d’une famille chrétienne qui cherche toujours sa liberté –  jusqu’en 2013. Fait est que dans les années 80 la famille s’agrandit avec l’arrivée de deux filles, Eunice qui plongera dans l’écriture et la dépression, et Sydney semble plus douée. Arrive ensuite, Noah, le narrateur. Les Turner évoluent au fil des ans. Ils auraient pu être une famille ordinaire. Mais la maisonnée est marquée par la fascination morbide du père, son besoin de faire peur à autrui.

Oui, les personnages de cet ouvrage, fourmillent de détails. Mais, mon intérêt pour cette cosmologie a véritablement été forgé par la découverte des rapports enfants / parents, enfance / âge adulte. Ils bâtissent une psychologie marquée sur le long terme. La colonne vertébrale de ce livre. Noah apparait comme le zélateur. Le fidèle au creux de cette cellule autour de qui la création d’une maison hantée dans le jardin familial fixe la peur et le chagrin des Turner. Il est manifeste que ce cercle domestique est un amalgame de « moi », au sens psychique freudien. Le conscient, le préconscient et l’inconscient. Celui de Noah et tout le reste des Turner vis-à-vis des autres. L’horreur n’est pas forcément celle que l’on croit.

L’ambiance Lovecraftienne quasi cosmique, les effets à la Stephen King sont présents, mais il ne s’agit pas là des fondamentaux. Il n’y a pas de surenchère.

La cosmologie des montres se révèle à la lecture, un roman original et subtil dont on ne garde que le sentiment d’une ombre qui plane, une certaine lenteur bouleversante.

Au bout du bout, restent les monstres, les véritables, ceux qui hantent et saccagent, les secrets et les blessures d’une famille, tels la précarité, la maladie (cancer), la disparition d’un être, la dépression. Des coups de griffe que la vie ne referme jamais totalement.

Editions Albin Michel Imaginaire

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Cohen Ophélie dit :

    Un très bel avis ! Tu as bien fait de t’accrocher 😊

    J'aime

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