ET LE MAL VIENDRA – Camut & Hug

Là où Islanova m’avait quelque peu laissé sur ma faim, Et le mal viendra a au contraire provoqué mon enthousiasme. Ce thriller écolo-sociétal  est dantesque. Ces deux romans s’imbriquent comme rarement.

Ce second opus complète à merveille le premier. Il couvre une décennie. Avant, pendant et après Oléron. Mais surtout, c’est un ouvrage dense qui arrive à chambouler le lecteur. Jérome Camut et Nathalie Hug, s’ils imposent un rythme phénoménal, dégagent une énergie folle qui bouscule. La vision des CamHug sur notre bonne conscience (celle qui se réveille devant les infos du soir pour être balayée au petit matin) est un triste constat à la hauteur de notre hypocrisie. On prend ce pavé en pleine gueule. C’est violent. Le scénario est affuté, tranchant. Il y a tout du pageturner. La lecture est addictive. Pas un chapitre qui ne te tienne en haleine. On va et vient dans le temps et dans l’espace.

Humains, idéalistes, humanistes ou salopards, va savoir. Il s’agit de l’humanité. Donc, les personnages n’ont rien de manichéens.  Certains sont nés dans la trilogie W3, d’autres dans Islanova. Tous sont des pierres brutes que les auteurs ont su façonner au gré des années. Ils les ont polis de sorte, qu’ils ont de multiples facettes. Tout prend naissance après le 13 novembre 2015. Morgan Scali est un humaniste que les attentats ont affecté. Il prendra les armes pour imposer ses idées. Tandis que Julian Stark, est un père qui voit sa fille se radicaliser et qui est prêt à tout pour la sortir de ce bourbier. Il y a ceux qui profitent des situations et les victimes. Tous ces personnages ont une épaisseur. Fait rare, puisque ce thriller se joue sur la durée, ils se transforment. Moralité, l’empathie fonctionne tout comme le rejet. Et parfois pour les mêmes individus.

Et le mal viendra parle de la famille, celle de cœur, celle de sang. Il s’agit de liens compliqués. Là encore, l’affection, le rejet, l’amour, la haine. Etre humain est par essence compliqué en cette période où les inégalités se creusent, où notre dépendance aux réseaux se dévoile.

Mais les CamHug livrent aussi une œuvre complexe et cohérente qui n’hésite pas à tailler dans nos travers quand il est question d’économie, de la Société et d’environnement. Que cela soit en Europe, en Afrique, au Canada, dans ce monde moderne, où l’Homme se soumet alors qu’il fait face à la pénurie d’eau, au terrorisme ou à l’urgence écologique, ils posent une question terrible au lecteur : l’usage de la violence est-il l’ultime rempart à la violence ? Comment faire prendre conscience au plus grand nombre des risques encourus par l’humanité ?

Tu l’auras compris, lecteur de cette chronique, ce thriller est riche. C’est le fruit d’un travail splendide et acharné. Quatre mains et deux cerveaux qui s’entrelacent avec virtuosité. Il est plongé dans notre époque et nous met face à nos travers. Reste à savoir s’il nous faudra six mille cadavres d’enfants devant nos portes pour que nous ne soyons plus aveuglés ?

Editions Fleuve Noir

2 commentaires Ajouter un commentaire

    1. prvst dit :

      à lire impérativement
      un thriller engagé et très bien écrit

      J'aime

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