LA MER A L’ENVERS – Darrieussecq

Exceptionnellement, NigraFolia fait un tour dans la littérature Blanche. Une fois n’est pas coutume. Mais un regard sur la vision d’une auteure reconnue sur le thème des migrants, m’a semblé intéressant. Pour ne pas dire nécessaire. D’autant que ce sujet a été souvent défloré par les auteurs de la Noire.

En ce Noël, Rose est perdue. Elle est psy, tendance imposition des mains. Elle hésite entre un divorce avec un mari alcoolique et un déménagement vers Clèves, le pays basque de son enfance. Peut-être cela sauverait-il leur couple ? Sa mère lui offre une croisière en Méditerranée sur un de ces rafiots écolo-destructeurs, avec ses deux enfants, Gabriel et Emma.

Younès, est un jeune homme qui a fui son pays pour rejoindre l’Angleterre. Une nuit, en pleine Méditerranée, entre l’Italie et la Libye, Younès et d’autres sont secourus. Rose croise Younès. Elle lui offre de l’eau et  la parka de son fils. Il voudrait son téléphone. Elle lui donne celui de Gabriel. Leurs existences basculent.

Rose et ses enfants rentrent à Paris. Le téléphone devient ce qui réunit Rose et sa famille, Rose et Younès, puis la famille et Younès quand Rose part le chercher à Calais.

Ce récit nous parle de frontières. Celles très marquées et surveillées. L’homme les a faites géographiques, physiques, rudes. Et celles, imperceptibles, presque éthérées. Chacun de nous se les impose ou se les fait imposer. 

Sans aucun misérabilisme, Marie Darrieussecq, nous dépose sur ce point de bascule, où  un rien nous fait osciller entre ce qui peut apparaitre comme de la lâcheté ou de l’héroïsme plus ou moins contrôlé.  Rose et Younès sont à la fois, sauveteurs et sauvés.

Il y a dans ce roman, une once de tragédie. Cette rencontre est comme une parenthèse entre ceux dont la vie bascule. Darrieussecq évoque l’exil, le naufrage d’un couple avec souplesse. Elle fait preuve d’une réelle révolte contre l’absurdité contemporaine  lorsqu’elle parle de l’aberration croisiériste.  Elle ne fait pas la morale. 

Darrieussecq pose ses mots avec une sorte d’urgence, dans une écriture très orale (je me suis surpris à lire par moment à haute voix). Elle mixe les styles. Elle triture ses paragraphes, parfois son orthographe,  pour rendre le tout percutant. Mais elle sait aussi se faire subtile, décalée voire froide. La mer à l’envers devient une lecture raffinée, sachant se faire acérée ou légère à mesure que les vies changent dans ces quatre chapitres.

Après la lecture de polars et de thrillers sur ce thème, j’ai eu une impression étrange. Les maux / mots sont les mêmes, mais les personnages de Darrieussecq, s’ils sont au moins aussi torturés, bénéficient d’une présence moins brutale, vivante certes, mais comme étouffée.

En définitive, ce passage dans la blanche fut un moment frêle et complexe à la fois.

Editions POL

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