PIRANHAS – Saviano

Piranhas est le premier tome d’un diptyque d’une descente dans les quartiers populaires de cette Italie du Sud.

Naples, quartier de Forcella. Pas très loin du quartier espagnol. Les touristes aiment. C’est typique. Nicolas Fiorillo y vit. C’est un jeune adolescent blond. Il est le pur produit de son environnement. Naples a une histoire violente. Elle aurait pu clamer la Dolce Vita. Mais la pauvreté fait rage. Chacun y va de son petit boulot et de ses à-côtés. Cette ville perdue, où le désert industriel jouxte les bords de mer, où les blocs d’immeubles entassent une population étouffée, où les porches et les ruelles offrent un accueil aux nécessiteux, aux immigrés, cette ville est le territoire de Nicolas.

A la tête de son baby-gang, sa bande, il en est le chef incontesté et incontestable. Il est Maharaja !

Nicolas et sa bande sont l’archétype de ce fléau urbain, qui déboule en scooter et sillonne les rues. Ils ont entre dix et dix-neuf ans. Rejetant le modèle de leurs ainés, sauf celui de la mafia, ils sont armés et obsédés par la violence, persuadés que la criminalité est l’unique moyen de survivre, de vivre. Avec pour seules valeurs, l’argent et le pouvoir, ils vivent dans l’instant présent. Ils veulent tout, vite ! Quitte à tout prendre, un canon dans la main. C’est une « camorra 2.0 qui apprend à tirer à travers des tutos sur Youtube et se déchaine dans la vie comme sur les jeux vidéos. Demain n’a pas de sens. Seul compte le pouvoir immédiat.

Nicolas est intelligent et manipulateur. Il porte en lui-même les caractéristiques des hommes qu’il vénère. Il veut sa propre parenza. Peu importe le prix à payer. Pour cette jeunesse, tout peut se prendre, même s’il faut à terroriser pour être respecté et reconnu. Il n’a qu’un modèle, un autre Nicolas, Machiavel.

Ces mômes jouent à se faire peur. Ils y arrivent. D’autant plus que les personnages de Saviano, suintent le réel. En cela, Piranhas, porte des allures de tragédie. Le lecteur sait dès la première page que l’issue ne sera pas faite de bonheur. Rien n’est rose, ni fragile. C’est un livre qui correspond à son milieu. Dur. Agressif. Violent.

Roberto Saviano avait dénoncé les agissements de la mafia. Là, il s’attache à ce nouveau phénomène que sont les baby-gangs. Une nouvelle version de la criminalité. Piranhas, est à l’image de ses protagonistes, sec, brut et rapide, comme l’ascension de ces gamins. Aucune emphase, une description cinématographique. Je longeais Naples en famille en le lisant. Malgré la chaleur extérieure, je n’ai pu éviter d’être tétanisé, glacé par, la vision de ces gamins qui avaient l’âge des miens et qui ont fait le choix d’une vie violente. C’est en observant les ruelles, le linge pendant aux fenêtres, en évitant les scooters qui slaloment entre les voitures, en regardant ces femmes qui sortent endimanchées des églises et des pères qui palabrent fort sur un coin de table en expresso, que je me suis aperçu de la jeunesse de la population napolitaine. Jeune, sans foi, ni loi. Cela n’a rendu ce 1er tome que plus captivant. Car, si cela reste un roman, comme souvent avec Saviano, la réalité n’est jamais bien loin.

Editions Gallimard

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. ça fais froid dans le dos tu as raison Yannick

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