SON AUTRE MORT – Marpeau

Son autre mort est pour moi, le 1er roman d’Elsa Marpeau. Alex devient Léo et elle est une autre femme. Le jeu du double ou tout l’art du mensonge. Si Japrisot avec Elle / Eliane dans L’été meurtrier avait comme moteur la vengeance, ou Monsieur Ripley de Highsmith, l’appât du gain, Alex n’a que sa vie en jeu. Et ce n’est pas rien.

Alex vit une vie tranquille avec ses filles et son mari. Ils louent des chambres d’hôtes. Ils logent un écrivain à succès Charles Bernier qui est là sous un nom d’emprunt. Certain de son charisme, séducteur et cabotin. Le mari d’Alex tombe sous le charme du grand homme. Alex résiste aux assauts de Bernier quand ce dernier essaye de la violer. Elle résiste et il en meurt.

Et voilà Elsa nous a ferré. Le lecteur est plongé dans ce faux thriller. C’est à peine un polar car nous connaissons le mort et son meurtrier. La subtilité d’Elsa est d’amener Alex qui devient Léo à s’infiltrer dans la vie d’un Bernier mort. De le laisser en vie le temps de le faire mourir et pourquoi de trouver celui ou celle qui pourrait devenir son tueur de substitution. Son autre mort  est un roman noir car c’est un brin romanesque – ce qui je dois l’avouer, excuse quelques ficelles un poil grosses à mes yeux.

L’intrigue est intéressante. L’autrice/l’auteure/l’auteur (c’est rude l’inclusion) prend un malin plaisir à dresser un singulier portrait du monde littéraire. Avec en tête de pont, l’image de l’écrivain populaire et provocateur à qui la renommée permet tout. Un homme tronc aux deux visages, qui aspire la vie de ses proches et qui ne les voient que comme des matériaux à vampiriser. Un monde fait de non-dits tant que chacun y trouve son intérêt. Outre la peopolisation et les abus qui en découlent, les thèmes abordés sont à l’image de notre temps. Le respect de la femme et de son intégrité, les réseaux et les mouvements sociaux et la violence induite si aisée, les faits divers qui pullulent et sont vites oubliés, et ceux qui s’en font les choux gras.

Un bémol cependant, Elsa Marpeau, nous plaçant dans une relation empathique avec son héroïne j’aurais aimé voir ressortir davantage le trouble de Léo, son côté noir.

Edition Gallimard – Série Noire

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