INTERVIEW H. DUBOC par Muriel

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Bonjour M.DUBOC… je suis ravie que vous répondiez à mes questions.  J’ai beaucoup aimé les 3 tomes de Dieu 2.0. D’où vous est venu l’idée d’écrire cette trilogie, que cherchiez-vous à démontrer ? Pourquoi avoir choisi l’anticipation pour  en parler ?

L’idée de départ, c’était romancer le perpétuel affrontement spiritualité/modernité, mais à l’heure du Net : le papier contre les écrans, la toile face à la religion, l’amitié confrontée au néant des réseaux sociaux…  et même la mort, bataillant contre l’immortalité numérique. Les idées étaient nombreuses, les possibilités infinies, d’où l’envie d’un vrai livre-monde qui promène le lecteur entre action et réflexions. Après, l’anticipation comme genre littéraire n’est qu’un moyen : changer la date et le décor, cela dépayse des problématiques d’actualité pour mieux en parler, en abordant des sujets aussi interdits et amers que le fanatisme religieux… C’est là que le cahier des charges est devenu génial : ne pas faire bête et méchant, construire « différemment », chercher l’approche décalée, l’humour. Je me suis dit qu’il fallait des contrepieds systématiques par rapport à ce qui avait été écrit : d’où Vatican 3, la superbe Papesse et ses 4 enfants, l’église numérique soft qui cartonne sur le web… plutôt que des mitraillettes. Avec des fanatiques là où on ne les attend pas : avocats omnipotents, scientifiques fous à lier qui justifient des horreurs à grand cris de « Science ».  Travaillant dans un laboratoire de recherche, j’avais de quoi cogiter ! J’ajoute que je vivais au paradis quand je l’ai écrit, en Californie, nous étions partis faire une année de recherche, c’est pour cela que beaucoup de l’intrigue se passe là bas.

Vous saviez dès le départ où vous vouliez en venir ?

Oui pour les grands axes : je visais un premier tome calme, du temps pour s’attacher aux personnages en explorant ce futur innovant et névrosé au web.  Et ensuite, le vif du sujet : un second tome infernal, capturer le lecteur et l’embarquer dans l’enfer vécu par les protagonistes. Lent, pesant, plein d’enjeux… pour viser la remontée haletante dans le tome 3. Et dès le début, je voulais un étrange voyageur du temps, parce que donner des clefs en passant de présent à futur dynamise considérablement la narration. Après, il y a des anecdotes tombées de nulle part… Nous habitions à Los Angeles : un jour, traversant Wilshire Boulevard, à Santa Monica, une voiture manque de me renverser, et me touche. Je fixe la conductrice… et qu’est ce que je lis derrière ses yeux terrifiés et son sourire tordu ? Très clairement « ne me faites pas un procès à 2 millions pour traumatisme psy ». J’ai compris que je tenais quelque chose, et de là sont venus les avocats dingues remplaçant Dieu. Ensuite, glisser ses amis dans des personnages peut aider… Un soir, Hugues, un copain pharmacien, demande une vidéoconf après avoir lu le dernier chapitre envoyé : « Henri mais c’est pas possible !!! Tu as donné un levier majeur à mon perso !!! Mais qu’est ce que tu vas en faire ?! » Eh bien… J’avais créé une clef, et j’étais complètement passé à coté ! J’ai du écrire 50 pages de plus, mais il avait raison.

On sent à travers vos livres une critique de la société actuelle que ce soit internet, la technologie et Religion et en même temps nous ressentons cette dépendance, même si elle est nocive. Ce besoin de croire pour avancer est prégnant dans les 3 tomes l’homme se cherche et a besoin de croire en quelque chose pour donner le meilleur ou le pire de lui-même. Nombre de personnes par exemple pensent que seuls, sans amour ce n’est pas possible. On peut donc aisément faire là aussi ce type de rapprochement  N’est-ce  donc pas là le propre de l’Homme ?

C’est exactement cela, alors un grand un « merci » parce que vous avez tout compris aux bouquins ! Bien sur qu’il faut croire ! Après, tout dépend en quoi, et comment… Exemple pratique : je suis médecin des hôpitaux, horaires de dingues, conditions de travail à la limite du supportable, on flirte avec le danger, et je pourrais gagner trois fois plus ailleurs… Un brin irrationnel ? Eh bien j’y crois encore plus quand je vois l’équipe qui bataille pour faire le job, ou quand j’encadre des étudiant.e.s brillant.e.s, dont les capacités forcent le respect. Mais chez les soignants aussi vous trouverez des extrêmes… « Ayatollah service public » qui gesticulent et nient nos énormes défauts structuraux, et à l’inverse, des dingues du privé pour qui soin = billet… Là est un des messages de la trilogie : conviction religieuse, professionnelle, alimentaire… l’important c’est l’équilibre. Ne pas jeter le bébé avec l’eau bénite, mais sans angélisme face à l’intolérance intolérable. La croyance est une facette humaine qui me fascine, la seconde, c’est l’intelligence. Sa capacité à créer des outils pour résoudre des problèmes, qui vont créer… d’autres problèmes. C’est une vraie addiction. La technologie et ses défauts sont les conséquences de l’esprit, et si jamais Dieu existe, en créant l’humain, il savait ce qu’il créait avec.

Dans vos livres vous faites une très bonne analyse de la religion et des technologies en démontrant le danger de l’un et de l’autre, je reconnais que cela terrifie lorsque l’on constate que cela peut aller très loin au détriment de l’humanité. Certains évènements décrits dans le livre existent déjà et avaient inspiré les chercheurs du 20eme siècle, avez-vous du faire des recherches ?

Bien que cela soit romancé, j’ai fait des recherches historiques notamment sur Louis Pasteur qui ouvre le tome 1 : la crypte où il repose, l’excellent tome 7 de ses œuvres complètes. Coté voyage dans le temps, des recherches en physique – la matière exotique notamment – et les trous de vers… Après, inconsciemment, l’influence de certains auteurs est nécessairement là : Asimov, Bradbury, Shackleton… Mais  j’ai quand même préféré laisser gambader l’imagination plutôt que me référer à d’autres. Quitte à inventer une théorie limite fumeuse sur les transferts de particules à travers le temps, mais qui… finalement… motus, je n’en dis pas plus !

Pourriez-vous nous donner votre avis sur ce qui est en train d’arriver en tant que scientifique ?

Sur l’humanité face au réseau, je ne suis pas inquiet : vous connaissez « To be or not to be ? » Eh bien ce qui se passe c’est… « wifi or not wifi ».  Quand vous inventez la voiture, vous inventez les accidents, et après… vous inventez la prévention routière. Idem avec le web. Se connecter rend la vie quotidienne plus pratique, et oblige à une certaine existence numérique… jusqu’au point ou cette dernière prend le dessus. Aujourd’hui, on sent poindre un ras-le-bol face à la « Connectature ». Il y a 10 ans, « Free Wifi »  était un must, aujourd’hui c’est  « Free of Wifi »… En revanche, je suis bien plus inquiet face à la surpopulation. Qu’est ce que cette planète peut bien en avoir à fiche de porter 7, 9… 15 milliards d’humain ? Soit on se réveille, soit la régulation se fera dans la douleur. La planète s’en chargera à coup de catastrophes ou d’épidémie, ou bien… ça sera nous : enfermez 10 personnes dans une pièce avec une carotte et un verre d’eau, je n’aimerai pas être celui qui ouvrira la porte 10 jours après.

Avez-vous d’autres projets d’écriture actuellement ?

Oh que oui ! La santé et le soin en 2052, un petit roman-bonbon terminé, à la rentrée sous un format web… surprise ! Il s’intitule « Vous allez mourir mais je n’ai plus de batterie ». C’est pour le très sérieux magazine What’s up doc, un mag de jeunes médecin qui bouscule les codes de notre profession parfois poussiéreuse… le héros va se balader dans le meilleur et le pire de la santé de demain… Et en prendre plein la figure pour notre plus grand bonheur : Santé « Numerdique » Datastrophes, Wikrobes, Hostomatiques…

Je vous laisse conclure

Alors… parlons de la photo. Pourquoi une boite, avec des bouquins dedans ? Et le stéthoscope ? Eh bien parce que je ne serai ni le premier, ni le dernier auteur à essuyer 27 refus pour son manuscrit. Ni à entendre la phrase : « Mais c’est quel genre ? Quel lectorat ? Dans quel rayon je le mets ?? Ah non monsieur c’est trop… « différent ». Différent, décalé, atypique, ces mots revenus dans nombre de chroniques enthousiastes sur la trilogie, je les prends comme des compliments. La photo est une façon de dire « Arrêtez de vouloir rentrer les livres dans des cases, ou des boites ». J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer l’éditeur Lajouanie, alors que je n’y croyais plus. Quand on s’est vus, il venait de créer sa maison et a eu des mots que je ne suis pas près d’oublier «  … je suis infoutu de définir ce que vous avez écrit. Tout ce que je sais, c’est que je me suis régalé. Et c’est ça, le genre de bouquins que j’ai envie de publier » 

Interview réalisée par Muriel Leroy

Retrouvez les chroniques des livres d’Henri

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Angelilie dit :

    J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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    1. prvst dit :

      Merci cela fait plaisir
      Je n’y manquerais pas

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