3 MINUTES, 7 SECONDES – Raizer

Le vol MU 729 a quitté Shanghai pour rejoindre Kyoto. Le vol va entrer en collision avec un missile balistique nord-coréen. A l’intérieur, le personnel naviguant et les passagers. Il ne leur reste que 3 minutes et 7 secondes pour donner un sens à ces derniers instants.

Et voilà. Sebastien signe un court roman original. Anticonformiste. Une nouvelle fois, comme par le passé avec sa trilogie des Équinoxes, du hasard, nait l’alignement parfait. Celui de plusieurs facteurs, un retard au décollage, un typhon qui s’approche de la côté japonaise, un commandant de bord qui change sa route pour conserver son avancement et un missile. Pourtant rien n’est du au hasard. Comme le commandant de bord qui porte le véritable prénom de Mishima, Hiraoka.

Le lecteur est jeté dans un ralenti. Comme le vivent les personnages, le commandant de bord, Nomura, son second, Sagawa, et le personnel naviguant (2 stewards et 2 hôtesses) et 2 passagers, Glenn Wang, concepteur de jeux vidéo, et Yan van Welde, photographe professionnel, chaque voyage est d’abord un voyage en soi.

Dans ces derniers moments, l’acuité et la folie semblent éliminer les frontières. Chaque personnage interprète des sentiments qui lui sont propres. L’un voudra voir l’amour brut, l’autre puisera son équilibre dans la réalité virtuelle, un autre regrettera que personne ne pourra lire les notes qui auraient dues accompagner ses images et un autre y trouvera l’occasion de célébrer ce qui est à ses yeux le sacrifice suprême. En cela, durant ces 3 minutes fatidiques, ils ne jouent d’aucune panique. Pourtant, cette carlingue du Boeing devient le lieu d’un huis-clos parfait, où se mêle avec virtuosité la peur et la colère, les regrets et le déni. 3 minutes 7 secondes, pourrait être une tragédie tant ce court roman ramènent les personnages à leur racines, à ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes. Mais c’est bien plus. De l’obscurité nait la lumière.

Sebastien, en une centaine de pages, pose savamment ses mots, comme un archétype parfaitement codifié de la philosophie Zen. C’est captivant.

Naître un instant T. Mourir à un instant T + x. Entre les deux, vivre. C’est aussi simple que cela. On accepte comme allant de soi le premier événement tandis qu’on nie de toutes nos forces le second. Toute l’incapacité de vivre vient de là. Vivre, c’est d’abord accepter de mourir. 3mn, 7s. Le temps n’a d’importance que ce que l’on en fait.

La Manufacture de Livres

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