HEIMAEY – Manook

Un nouveau Manook, chouette. Ça s’ouvre comme une confiserie que l’on adore car par expérience, je sais que ce qu’il y a d’extraordinaire avec Patrick, c’est sa capacité à vous faire voyager à travers quelques lignes à tel point que l’intrigue en devient parfois secondaire.

Cette capacité poétique m’avait frappé avec Mato Grosso, il réitère avec Heimaey. Un roman de Manook est une invitation au voyage, au dépaysement. Après un Brésil humide et étouffant de Mato Grosso, une Mongolie aux traditions séculaires de Yeruldelgger, c’est vers une Islande aussi fougueuse que lumineuse que Ian nous embarque. Une terre de tempêtes, de landes et de volcans, une terre de légende, un lieu parfait pour y poser un thriller.

L’intrigue :

Jacques Soulniz revient en Islande 40 ans après avec sa fille Rebecca. Un besoin, une envie tisser les liens père / fille. Mais rien ne se passe comme il l’avait prévu. Des petits mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, un homme qui les suit et un vieux coupé SAAB qui les file sans arrêt jusqu’au moment où Rebecca disparait. Les souvenirs de juin 1973 remonte en mémoire. Soulniz y débarquait avec quelques copains sur l’île d’Heimaey. Aujourd’hui, il doit composer avec Kornélius un flic féru de folklore islandais, à la voix si particulière qu’elle retourne une salle quand il se met à chanter et faire revivre de vieux chants, lui-même sur le bord du rasoir, aux prises avec la mafia lituanienne. Et puis il y a Bottie et Ida toutes deux se partageant Kornélius, sa couche.

Mon avis :

Heimaey est un roman type un road trip initiatique. Si pour Soulniz c’est la dernière chance de retisser des liens avec sa fille Beckie, c’est pour Manook, l’occasion de jouer une nouvelle fois sur le dépaysement, tant aux niveaux des paysages toujours décrits à la perfection, que sur les légendes envoûtantes, les chants et les trolls, tout en ayant un pied dans la réalité pour rendre crédibles ses personnages. On y parle de la crise financière qui a frappé l’Islande, de sa transformation grâce au numérique et à ses fermes de données, mais aussi d’amour, de tourisme (qui aux fils des ans change un pays), d’amitié et de conflits qu’ils familiaux ou d’affaires.

Comme souvent, les femmes sont plus attachantes que le héros lui-même. J’ai un petit coup de coeur pour Ida. Ida, « vieille fille et dominatrice » comme la décrit Botty. Botty est présente durant une bonne partie du roman. Pour moi, sa confiance envers Kornélius s’arrête à la fin de ce roman. Le fait qu’il ne soir plus flic est le signe d’une rupture manifeste dans leur relation qui était aussi basée sur une confiance presque aveugle. J’ai aimé Ida par sa discrétion dans ce roman. Une discrétion qui n’a d’égale que la force de sa rare présence lorsqu’elle est avec Kornélius. Et pas seulement pour le côté casse croute / pause café, mais parce qu’elle aussi appartient corps et âme à ce pays. Tous les deux sont par les légendes et l’histoire de l’Islande. Elle a plus d’affection qu’elle ne veut bien l’avouer pour lui. Et puis j’aime bien les femmes qui disparaissent comme un rayon de soleil derrière un nuage.

Reste qu’au delà de l’intrigue, il y a le style de Manook. Il  change encore. Là, les chapitres courts, et l’écriture vive. Les dialogues sont souvent jubilatoires, à la hauteur de ces insulaires grandes gueules.

Bref, ce que je retiens, une fois la dernière page tournée reste sa capacité à nous faire voyager vers un ailleurs poétique aux lieux imposants et majestueux où l’homme est parfois insignifiant. Un voyage en Islande qui se mérite comme un amour père / fille lorsqu’il est à reconstruire.

Editions Albin Michel

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. J’ai hâte de lire ce livre.

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