SA MAJESTE DES OMBRES – Gilberti

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Avant, lorsque l’on lisait un thriller sur le trafic de drogues, il y avait Don Winslow en maitre absolu. Précisions, connaissances, pavés addictifs à la sauce US, une efficacité liée à un style brutal. En un mot, une réussite. Maintenant il y a Ghislain Gilberti.

Comme à son habitude, Ghislain marque chaque début de chapitre avec une particularité. Cette fois, c’est avec un titre de l’Ancien Testament. Des chapitres qui couvrent 740 pages où il n’y a rien à couper, où la maîtrise est totale. Ghislain Gilberti vous amène où il veut. Son écriture directe, son scénario purement magnétique. Il réussit à tenir un rythme élevé, durant l’intégralité de ce tome 1, tome fondateur de ce qui promet d’être une fresque complexe, que le lecteur va se faire une joie de traverser en apnée, tant l’odeur de poudre est forte.

L’intrigue, les intrigues devrais-je écrire, sont menées de mains de maître. Les personnages sont supers campés, travaillés en profondeur. On y retrouve pêle-mêle, flics intègres, ripoux, dealers et fous furieux.

Deux parties dans ce monstrueux thriller.

2003, on se fixe sur l’interpellation d’un cartel hors norme – une organisation invisible et puissante. Gilberti, nous fait découvrir, Bruno Guillon, dit l’Artiste qui est à l’écoute de « sa Voix », Faust Netchaïev, appelé aussi l’Hyène, cruel cerbère et Michel Grux, le Chacal, un lieutenant des stups, prêt à tout pour arriver à ses fins. Lui est craint de tous. L’interpellation vire au massacre côté truands mais aussi force de l’ordre. L’affaire est classée par une hiérarchie qui serre les fesses. Le lecteur en retient un final somptueux dans un bain de sang, mis en scène avec maestria. Scarface, c’est les Bisounours. Cette partie est presque un roman en soi. Bref une première partie violente à souhait. L’ambiance, pesante, suintera tout du long.

2010, une série de meurtres atroces. Aucun doute quant au caractère sériel. C’est bien entendu, à la commissaire Cécile Sanchez de l’Office Central pour la Répression des Violences aux Personnes que revient l’enquête.

  • Pour ceux qui n’ont jamais lu Gilberti, Cécile Sanchez est un personnage récurrent. Elle bénéficie d’un véritable talent pour lire les gens, les décrypter, un don de mentaliste. Cette flic apte à faire parler les plus retors, a une autre particularité, elles ne lâche rien.

Dans cette seconde partie, Gilberti nous immerge à travers une série de meurtres, dans le milieu de la musique électronique, de ses boites et ce milieu underground où la dope se vend comme des petits pains. Pas de bol pour la police, chaque dealer capturé est un mur, une voie sans issue. Pas un ne parle. L’organisation tranche dans le vif. Elle sait en cas de nécessité effacer tous les témoins. Dans le meilleur des cas, il est incapable de livrer le moindre indice sur le commanditaire, dans le pire, il n’est qu’un cadavre qui vient s’ajouter à la liste.

Etanchéité, loi du silence, violence, voilà pour le tissu dont Sa majesté des ombres est fait. On y retrouve également, Romane Castellan, emplie d’une certaine fragilité et d’une finesse d’esprit qui n’a d’égal que sa capacité de travail. Romane apporte une légèreté dans cet univers trouble, où s’affrontent flics intègres, ripoux et dealers.

Sa majesté des ombres est un thriller fait de précision. Un travail d’orfèvre, méthodique et pointilleux, palpitant où l’auteur prendre le temps nécessaire pour poser le décor d’une organisation tentaculaire spécialisée dans le trafic de drogue. Face à Sanchez, le lecteur voit se matérialiser la résurgence de l’organisation 2003, organisée, discrète, efficace, sans pitié. Borderline est un réseau colossal aux méthodes sanguinaires. Seul signe de reconnaissance, un tatouage, Ecce Lex, sur le poignet de certains membres.

Dans ce roman, qui a l’intelligence de se déporter hors des agglomérations habituelles, la réussite des pourris, la placardisation des uns, la mort des autres, se voit localiser en Alsace, de Strasbourg à Mulhouse avec une incartade vers Belfort. Exit Paris, Marseille, les ombres s’étalent partout.

Alors oui, c’est sans aucun doute un, des grands thrillers de l’année. Lire, Sa majesté des ombres, c’est se laisser s’enfoncer dans les ténèbres, dans un monde interlope où le Mal, la violence, la puissance de l’argent, de la schizophrénie, ouvre une trilogie diabolique.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Quel plaisir de retrouver Cécile Sanchez !
    Et merci pour ce bel avis

    J'aime

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