VOSTOK – Oppel

Le roman noir n’est pas forcément un thriller ou un polar. Il sait se faire politique voire humaniste. C’est le cas avec Vostok. Une plongée en territoire zombis. Mais nul mort-vivant, juste un lieu perdu  en Afrique, où la chaleur est étouffante, où une multinationale exploite les « terres rares ». C’est pour Jean Hugues Oppel, l’occasion de poser ses mots sur les profits faits à outrance en ignorant sciemment les notions d’humanité et d’écologie.

Je passe rapidement sur le style, Oppel sait y faire, il colle parfaitement à l’ambiance du lieu et aux dangers qui dominent. Oppressant et rapide. Côté personnages, Oppel nous sert une palanquée d’êtres abjects et repoussants, mis à part Tanya et Tony. Tanya Lawrence, est envoyée dans cette colonie par l’ONU pour pondre un rapport sur d’éventuelles irrégularités concernant les activités de la société Métal-IK (I pour International et K pour Konsortium).

Cette multinationale produit coûte que coûte, dix-sept motifs de conflit inscrits au tableau périodique des éléments. Les dirigeants font tout pour assurer la production. Un seul mot d’ordre de la direction, produire. Produire pour contrer les Chinois et les contrebandiers, produire pour livrer du Coltan, du Tantale, pour les puces électroniques que l’on trouve partout. Sans eux, vous ne liriez pas ces mots. Le marché est juteux. Sans samarium pas de barre de contrôle de réacteur nucléaire, pas plus de  guidage des drones et des missiles, pas de Lanthane, de Gadolinium ou d’Yttrium, pas de lunettes de vision nocturne ou de fibres optiques. Sans Indium pas d’écran plat.

La production est donc un enjeu majeur. Le centre d’une guerre économique tant notre dépendance aux productions des terres rares est forte. Sur les flancs de la montagne creusée de toutes parts, une noria de camions, de bulldozers, de chantier grondent et fument.

Par terre et sous terre, la fourmilière humaine creuse. Elle ne vaut pas cher. Le droit du travail des populations locales… dans une zone de non-droit, tous s’en battent l’œil.

C’est tout le cynisme de ces multinationales, pour qui les intérêts financiers sont prioritaires. Elles n’ont que faire de leurs employés et de l’environnement.

Tanya est largement habituée à son métier et à ses effets collatéraux. C’est une touche à tout franche, brillante et intelligente.  Ses traits annoncent la fin de sa jeunesse.  Dès son arrivée, Tony Donizzi, un gaillard à la tignasse brun foncé, un bon baroudeur, la prend sous sa protection. Car dans le monde de la Colonie, les mercenaires pullulent. Mais ce ne sont pas les pires.  Les dirigeants veillent à la production.

Parmi eux, il y a Bernard Satier, géologue, végétarien mais surtout barbouze free-lance, pas forcément à la solde de l’énorme Maxime Pardieu, le directeur de la Colonie et de son second, l’ambitieux Simon Messer totalement étranger à la bonté et la loyauté. Bref cette colonie est un pot de pue. Même l’ingénieur météorologue, Arthur G. Webster est un emmerdeur en fin de carrière. D’ailleurs, un météorologue pourquoi faire dans ce trou ravagé par la chaleur du bout du monde ? Tous subissent la température qui oscille entre chaud et très chaud.

Vostok est loin de l’Afrique. Pourtant, Oppel nous y renvoie sans cesse.  Comme pour mieux nous persuader qu’il y a toujours pire. Et c’est effectivement le cas. Sous cette ambiance étouffante où la corruption et la traitrise règnent, une autre menace aussi invisible que gigantesque plane. Là où l’argent est roi, où tous lui sont inféodés, même la nature peut se révéler être la plus dangereuse de tous.

Vostok, est roman noir. Pas forcément parfait mais assurément en lien avec la mondialisation de notre société.

Editions Rivages Noir

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