DU PASSE FAISONS TABLE RASE – Agagna

malikDe nos jours, Strasbourg, Jérôme Bertin, est abattu devant chez lui. Ce n’est pas le premier assassinat de ce type. Ils sont 3, tous ex-membres du parti communiste à avoir été exécutés. Ils ont point commun.

Un séjour, en 1989 dans ce “bloc de l’est”, ce que nous appelons les ex républiques socialistes soviétiques. Sous ce rideau de fer, la guerre froide tire sur sa fin, la pérestroïka fait le ménage. Les rêves de Marx et la lutte des classes s’effritent. L’URSS et les pays frères sont sclérosés. Chaque individu rêve d’un avenir radieux, confortable.

Marie Sevran, la quarantaine, commandant, est chargée de l’enquête. Tout, la ramène à ce voyage. Elle est soutenue ses deux collègues. Les lieutenants Arsène Chevallier et Rachid Hamidi. Il ne s’agit pas de flics bodybuildés sauveurs de la planète, juste des flics dans la moyenne, presque des vrais gens. Marie est séparée de son mari, c’est encore frais et douloureux. Arsène débute une nouvelle relation, tout comme Rachid nouvellement arrivé sur Strasbourg. Jennifer, étudiante en criminologie, va se joindre à l’enquête pour les aider.

Du passé faisons table rase, est un polar, mais pas que.. Et oui,  il est édité chez Lajouanie. Sous sa belle couverture, il est donc un peu plus riche qu’un simple roman. Ce policier, malgré un petit déséquilibre entre les chapitres, démarre comme une vielle Lada poussive. Il demande à être lancé, mais une fois que cela tourne, il t’emmène jusqu’à une fin, toute à fait digne d’intérêt, sans coup férir. Certes, ce n’est pas toujours le grand confort, mais comme le style est simple, le lecteur est bien accroché.

J’ai grandi dans ces villes périphériques rouges dans les années 80. J’ai croisé des Jérôme Bertin, férus de tractages, piqués de grandes idées, fiers des incartades soviétiques de leurs sections, encore accrochés à leurs idéaux et pourtant les premiers témoins de leur effondrement. Je dois avouer que le roman de Malik, a redonné vie à ces personnages qui hantaient les marchés le dimanche matin. Ceux de Malik ont du corps. Hommes et femmes se relayent sous nos yeux. Malik les multiplie. Et il réussit à ne pas perdre son lecteur. Ils ont une certaine dose de lâcheté. Ils ont une vie amoureuse qui oscille, ont de la difficulté à s’engager. La fidélité est une valeur relative. Ils sont ma foi, humains et portent une lourde charge jusqu’à la fin.

Les réponses semblent se trouver en Lituanie. Agagna a la bonne idée de borner son roman à Vilnius et non Moscou. Il alterne les périodes. Avec Marie et ses acolytes, on suit l’enquête. Chacun de leur côté. A Arsène et Rachid la piste française, à la Lituanie. En jouant des flashbacks, on est avec Thomas. L’un des sept. Ils étaient sept. Les sept moujiks. S’en suit alors un voyage vers le passé. Des secrets et des amitiés se croisent. Sous couvert de communisme, arrivent des relents de police secrète sous la forme d’un certain Markus, responsable de la police politique et des tortures dans la Lituanie soviétique. Marie doit franchir ce rideau de fer, l’ouvrir de nouveau car la solution se trouve de l’autre côté, à une époque où le mur était encore debout.

C’est un policier digne d’intérêt qui offre la particularité de revenir sur une période qui s’efface gentiment.

Editions Lajouanie

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