LA TERRE DES MORTS – Grangé

7695504_fad3d7a0-4e9e-11e8-a1d7-bfb12f379ace-1_1000x625.jpgLe retour de Grangé pour un FucXXXg thriller. Décidément, après le retour de Minier avec Soeurs, les ténors livrent de très bons thrillers ces derniers temps.

Lontano et Congo Requiem, avaient déjà effacé à mes yeux les très moyens ouvrages précédents. Mais là, il tape fort. Certes, à première vue, on peut y voir une solide et classique  distribution des éléments qui fondent un thriller glauque. Un flic borderline au lourd passé, quelques femmes fatales, un méchant psychologiquement tordu, de la testostérone suintante des scènes d’action,  une odeur poisseuse du sang et du sexe.

JC Grangé a du talent. Il saisit le lecteur, le frappe à l’estomac et le traine. Etat de choc ! Pourtant Grangé  prend son temps, ce qui est rare dans ce genre littéraire. Il sait poser suspense et rebondissements. Il va des crimes à l’enquête, du procès jusqu’au final.

Stéphane Corso, chef de groupe à la brigade criminelle, est chargé d’enquêter sur une série de meurtres atroces. Les victimes, des strip-teaseuses. Son principal suspect, Philippe Sobieski, débauché notoire, assassin, ex taulard sadique et amoral, amoureux de sa peinture et adulé par les bobos parisiens passionnés d’art contemporain.

La Terre des Morts, fait la part belle à l’enquête criminelle, au travail de Corso et son équipe pour trouver les preuves. Un objectif, aller au-delà de la suspicion pour monter un dossier solide, décortiquer les rouages, passer par-dessus les impressions. S’immerger dans la tête du tueur. Pour Corso cela revient à une plongée dans le monde interlope et glauque du SM, du bondage. Le malaise du lecteur est palpable. Passé le Shibari, on entre dans la perversion à l’état brute, la violence, le gore.  Les images sont fortes. Grangé  pose une atmosphère pesante dès la première partie. Avec son étalage underground, il secoue le lecteur. Il lui met la glotte au bord des lèvres. L’abondance d’images déviantes n’a d’égale que les visages déformés, corrompus des toiles de Francisco Goya. Leurs ambiguïtés. Ces figures décentrées, comme les mortes, offrent une vision effrayante, une absence de lumière pour montrer tous les aspects de la vie y compris les plus désagréables.

Mais ne nous arrêtons pas là. Ce serait trop simpliste. Grangé est doué pour la psychologie de ses personnages. Moi, au fil des chapitres courts et intenses, je me pose la question de l’empathie. Si oui pour qui ? Corso bien qu’il traine une réputation professionnelle hors du commun est borderline. Son passé lui colle à la peau. Sa ténacité n’efface en rien ses écarts. Sa lutte à mort avec Sobieski dont le charisme énigmatique a du mal à se dessiner devant mes yeux, sa relation avec Émiliya pour sauver son fils Thaddée d’une emprise perverse, me coupent le souffle. L’’écriture est incisive. Le style direct, intense  pour ne pas dire énervé voire ardent. Heureusement, Grangé nous offre de temps à autre un repos salutaire à travers la présence de Barbie la flic, Michel Delage le président du TGI ou Claudia Muller l’avocate ou Catherine Bompart la patronne.

De rebondissement en ricochet, la dépendance se fait sentir. J’ai besoin de savoir. Comme Corso, je me passionne pour cette histoire. Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des mensonges assumés… Je clôture un excellent thriller électrisé par une fin que je n’avais pas vu venir. L’expérience fut vigoureuse, surprenante. On en redemande.

Editions Albin Michel

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