ILS ONT VOULU NOUS CIVILISER – Ledun

Ils ont voulu nous civiliser présente à mon sens tous les ressorts d’une tragédie. Peu de personnages, une nature qui se déchaîne et un cadre social que d’aucun nommeront rural noir.

C’est à la base une simple histoire d’hommes comme souvent chez Marin Ledun. Des types qui vivotent comme ils peuvent à la marge de notre société. Aucun d’eux n’est un héros. Ils font comme ils peuvent pour survivre, quitte à vivre d’expédients. Individus médiocres à tendance paumés dans une petite ville posée dans l’imaginaire de Ledun, Begaarts.

Alors que tempête Klaus va toucher la côte du sud-ouest, Thomas Ferrer un looser sans envergure arrive à saturation quand son petit recéleur, Baxter, un surfeur qui trafique ce qui passe à sa portée essaie de le flouer encore une fois. Il explose de colère et étend Baxter pour le compte sans oublier de filer avec son pécule. Problème 1, le pécule appartient aussi à deux autres associés. Problème 2, Klaus se déchaine. Une course-poursuite commence entre les pins maritimes qui se fracassent et les dunes qui avancent. L’atmosphère devient lourde. On se doute que l’issue ne peut-être que tragique. Et comme de bien souvent, étant donné que c’est écrit au cordeau, sans fioriture, ni tape à l’œil, on déroule le texte devant soi avec une facilité déconcertante.

 Les personnages sont rares. Marin va à l’essentiel. Tous ces mecs sont en colère. Même Alezan, ce vieil homme qui vit couper du monde et qui voit ce trio débouler dans sa vie hantée par sa guerre d’Algérie et la perte de Bahia, son amour morte au début de cet événement sans nom.

Le contrefort de la peur est la haine. Alezan n’a plus que la haine envers le monde. Il est prêt à tout pour combattre ce qui représente à ses yeux l’ennemi. Quel que soit la forme qu’il endosse, arabes, jeunes, flics, voisins. Alors quand Thomas avec ses poursuivants au cul… Non ça je ne vous dit rien.

Ils ont voulu nous civiliser monte crescendo au rythme de Klaus, comme la colère qui s’ouvre et se déchaine. C’est une histoire simple faite d’hommes au bord de la rupture le temps d’une traque. On est à l’os. C’est une nouvelle fois, une preuve que Marin Ledun est sans conteste un écrivain avec lequel il faut compter.

Editions Flammarion

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