TOUTES BLESSENT, LA DERNIERE TUE – Giebel

Dès le prologue, Karine Giebel nous plonge dans l’inhumain. Sans aucune fioriture. Rien n’est épargné au lecteur.

Si en 1848 la France a abolie l’esclavage, de nos jours, Tama, petite fille de 9 ans remplie de rêves est vendue. Extraite de son Maroc natal, elle se retrouve séquestrée en France, exploitée, battue. On lui a retiré jusqu’à son prénom. Elle n’est plus rien. A peine, plus qu’un animal. Et encore, certains animaux de compagnie reçoivent de l’affection.

En parallèle de sa tragédie, se forme une seconde histoire. Celle d’une jeune femme blessée et amnésique qui trouve refuge chez Gabriel, un homme solitaire et torturé. Un tueur.

Toutes blessent, la dernière tue est livre ambitieux.

Dense.

Les 740 pages sont d’une rare violence. Si ce thriller est poignant, souvent éprouvant, l’alternance des chapitres lui confère une lecture facile et déconcertante. Ils offrent au lecteur une once de repos de temps à autre. Car la noirceur et le dégout que l’on ressent n’a de comparable que notre colère pour peu que l’on ait deux onces d’empathie. Lorsque l’on suit Tama, jusqu’à l’absence de désespoir, on ne peut que se projeter sur la souffrance de cette petite fille que l’on voit grandir.

Alors oui, de nombreux passages sont d’une rare barbarie, comme souvent chez Karine Giebel mais rien n’est gratuit chez elle. L’espoir réside chez le lecteur. Certains personnages, comme Izri ou les enfants de Charandon sont ambigus. Tiraillés entre l’obscurité et un éclat d’humanité. D’autres sont tout bonnement exécrables, ignobles, monstrueux. L’auteure se joue de nos sentiments entre notre appétit de voyeurisme et notre besoin d’espoir, notre foi en l’être humain.

La moitié du roman lue, j’avance au fil des chapitres. Souvent en apnée. L’envie d’en finir avec cet ouvrage m’étreint. J’ai un besoin de lumière. Après le châtiment vient le salut. Il ne peut, ne doit y avoir de damnation gratuite. Enfin, je l’espère.

La nécessité de sortir des ténèbres devient plus forte à chaque chapitre.

Aux trois quarts, je me retrouve tiraillé entre injustice et révolte. J’ai le livre au bord des lèvres en souhaitant qu’il se finisse vite. La lecture se fait lourde, douloureuse. Il me semble vivre les tourments des protagonistes et surtout le long calvaire de Tama. Un calvaire un peu trop long à mon gout.

Une descente dans la détestation, l’écœurement le plus absolu, jusqu’au switch final. Ce qui était fort dans le Purgatoire des Innocents devient à mon sens trop prêt de la répugnance. Voilà sur le fond.

Sur la forme, l’écriture est toujours fluide, ce qui fait je me m’y suis laissé prendre. Karine dresse ses personnages, oscille entre leurs points de vue. De là née une sensation perverse d’enfermement. Une dualité. Rejet / adhérence. Pour ceux dont l’addiction à l’univers de Giebel seulement.

Ah si un dernier mot, comme le rappele Karine Giebel, il nous a fallu attendre la loi du 5 août 2013 pour que la réduction en esclavage, la servitude et le travail forcé soient notre code pénal.

Editions Belfond

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