DIEU 2.0, Tome 1 LA PAPESSE ON LINE – Duboc

Entre deux romans noirs, un crochet avec un roman d’anticipation, mais pas que… le week-end de Pâques. Et pas le moindre. Un roman traitant de la religion et de la science. Le conflit entre science et religion ne date pas d’hier. Preuve en est, on débute avec la mort de Louis Pasteur en 1895 et une passe d’arme avec un curé lui apportant l’extrême-onction.

Le tableau est dressé.

Et  Henri Duboc s’amuse à nous jeter  corps et âme dans notre 21ième siècle. Il nous titille le cervelet pour ce qui est de l’attachement de l’homme à ses croyances et son évolution.

En 2053, notre futur est parti en vrille. Ça pullule d’hologrammes, de numérisation, de dématerrialisation. Après avoir été secoués par le réchauffement climatique, nous voilà totalement dépendants d’Internet. Au gré des chapitres, nous faisons des allers-retours dans cet avenir délabré et numérique à travers quelques personnages. Gabriel, 75 ans, jadis créateur de Memoriam, un cimetière universel en ligne. Il est approché par W3, un hacker légendaire en phase de repentance, avec une révélation fracassante. Notre civilisation risque de basculer dans l’obscurantisme.  Preuve en est, dans ce futur pasteurisé, où les souvenirs des morts, quelques soient leurs religions,  sont numérisés,  Gabriel, le « Croque Monde » qui gère son entreprise avec éthique, doit faire face aux velléités de Monseigneur Verinas, un fanatique religieux de 1er ordre.

Plusieurs trames narratives s’imbriquent. On saute entre les flash-backs. On alterne entre les chapitres et des personnages, plutôt bien dessinés. Gabriel, W3, Verinas l’évêque de la capitale, Oranne, la papesse mère de famille, Yosa le fils surdoué de l’associé de Gabriel et Hattam, un savant barré à l’égo surdimensionné. Certes certains peuvent paraitre inégaux, mais Dieu 2.0 est le 1er d’une trilogie et si ma mémoire est bonne le T1 et le T2 ont été écrits en même temps.

Ce roman regorge d’humour. Il est atypique et provoque chez le lecteur, entre deux écarts de zygomatiques, une réflexion philosophique sur la place de la science, de l’informatique et de la croyance dans notre société. Longtemps, elles se sont affrontées. Rien de neuf. Mais avec l’avènement de la data, la science prend une nouvelle dimension. Jobs a remplacé Job.

Fait est que la technologie avancée par Henri, est toute à fait cohérente, qu’il s’agisse de smartphones, d’intelligences artificielles, de drones, de voitures électriques ou de dématérialisation du papier.  Tout cela existe déjà. Nous entamons seulement nos névroses numériques. Le Yphone omniprésent, la data ostentatoire. Et ça devient jubilatoire.

Car si Vatican 3, le mariage des prêtres et la numérisation des baptêmes sont en avance de phase, en revanche, les  sites de cimetières virtuels commencent à voir le jour. Cherchez, et vous serez surpris. Les bras m’en sont tombés.

Les références sont nombreuses pour les fidèles adeptes de l’anticipation, même pour les ouailles de la SF.  Asimov, Bradbury, Orwell ont décidément posés des bases dont nous ne sommes pas prêts de nous dépêtrer. La lecture est plaisante. Comme je l’ai mentionné, un sourire se barre de temps à autre sur le visage du lecteur et remplace nos rides d’expression, sources d’une réflexion intense. Notamment quand une certaine IA vient à écrire ses propres nouvelles pour tester son humanité.

Reste Dieu 2.0, va un cran plus et pose une réflexion sur le besoin naturel de l’homme de croire. Les échanges entre Gabriel et W3 ont un fondement inaliénable.  Sans œcuménisme aucun, sans prosélytisme, Dieu 2.0, fait vibrer en chaque lecteur, une question. Qui est Dieu en ce début de 21ième siècle?  Et à partir de celle-ci découlent une kyrielle d’autres. Que représente-il ? Quelle est la force de la religion ? De quelle force parlons-nous ? Oui, il nous est facile de gloser sur le poids des religions dans notre société occidentale, mais ne croyons-nous pas davantage en la technologie ? Les GAFAM deviennent un lieu d’échange, où nombreux sont ceux qui cherchent à « susciter l’adhésion ». Au-delà même du médium, ne faisons-nous pas de la science, un objet même revêtant une part de croyance en son sein ? Ne portons pas nous-même la science aux nues ?

Au-delà des problèmes de définition, il demeure la question de l’observable et de la croyance. Une question qui prend ses sources aux confins de l’humanité.  Alors quand une IA envisage de tuer Dieu, faut-il encore qu’elle puisse comprendre ce que représente Dieu pour les hommes ?

à suivre avec  Dieu 2.0, Tome 2 : Bye Bye Internet

 

Editions Lajouannie

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Vraiment interessant votre article de blog

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