LES CARNETS ROUGES – Fruchard

Un techno-thriller d’anticipation psychologique à 4 mains est une gageure en soi. Dit comme cela, ça peut en effrayer plus d’un. Un fichu pari. Et ma foi, il est gagné !

Le genre est très limité dans le monde de l’édition française. Projeter notre présent et les sources de réflexions en provenance directe de notre société quand il s’agit de recherche sur l’ADN et l’énergie, vers un futur proche et mettre un scène un héros paranoïaque, relève d’un troublant exercice. C’est ce défi que Carole et Antoine Fruchard, frère et sœur, ont relevé pour ce 1er roman. Plonger dans Les Carnets Rouges, c’est suivre Simon dans une cavalcade effrénée.

Posons le décor. Nous sommes en 2040. C’est demain. La FIMAC Force d’Intervention Militaire Anti-Criminalité — suscitait est devenue la première force de sécurité du pays. On sent la crise des années 20. Les nouvelles technologies d’aujourd’hui et leurs enjeux sociétaux ont posé les fondements de celle du roman. L’univers est un poil futuriste. Juste ce qu’il faut. Ambitions, secrets, pouvoir, enjeux puissants, sont toujours de rigueur.

Pour ce qui est des personnages, Les Carnets Rouges tournent autour de Simon. Simon d’Almat a la parure du héros de thriller. C’est un personnage équivoque. Il a plus d’une vie derrière lui et trimballe un certain nombre de traumas. A ces côtés, le lecteur bondit d’une page à l’autre entre Londres, Marseille, l’Afrique, et la région parisienne.

Suivre Simon c’est nous embarquer au-delà de nos imaginations pour l’accompagner dans ses recherches. Il est le produit d’une jeunesse violente et tourmentée. Fils adoptif, il a été élevé dans un pensionnat du Sud de la France et en est sorti passionné et salement doué pour les sciences, juste à temps pour faire un tour par la case prison pour trafic de drogues. Porteur d’une nouvelle vie, il a, à sa sortie opté pour un parcours universitaire brillant. Atteint de malaises, voire de délires paranoïaques, entre deux séances de psy avec le docteur Blanchet, il poursuit ses recherches au sein du laboratoire de Tobias Korstein propriétaire du groupe KB sur une énergie sombre.

Si les Fruchard nous parlent de mécanique newtonienne et de mécanique quantique, et nous distillent au fil des chapitres certaines explications scientifiques (ce n’est jamais saoulant, au contraire), c’est bien parce qu’avec son équipe Simon doit afficher des résultats très vite. Sa motivation est à la mesure de sa personnalité. Multiple. Il doit produire des résultats s’il ne veut pas être victime de restrictions budgétaires de KB et surtout ses travaux doivent élaborer ce qui peut sauver d’Alice. Alice est à ses yeux ce qui le fait vivre. Allongée sur son lit dans le département « Maladies Orphelines » d’un hôpital, elle a été victime d’une maladie mitochondriale, une saloperie chopée en Corée une mission humanitaire à l’est de Wonsan suite à la réunification. Avec l’aide du Vieux, un ancien chimiste, Simon enchaine avec nous les découvertes

Le compte à rebours a commencé à sonner. On oscille entre le passé et le présent de l’ex dealer, ses souvenirs d’enfance énigmatiques, ses années d’errance, son côté humaniste et ses accès d’une violence incontrôlée. Au milieu de tout cela, il y a des carnets rouges. Celui du docteur Blanchet, ceux attachés à un vieux souvenir chez son père, celui de Simon. Ces carnets semblent brûler des secrets qu’ils recèlent. De quoi rendre Simon paranoïaque.

A travers un enchaînement rapide d’actions, dans une atmosphère parfois aussi malsaine qu’addictive, Les Carnets Rouges se gavent de tension. Le rythme de ce thriller, plonge le lecteur dans une chevauchée habile. Le scénario est bien amené jusqu’à une fin, ma foi, assez brillante. Le 4 mains est une nouvelle fois preuve qu’à 2 (si les CamHug et Kepler ne l’avaient pas déjà prouvé), les auteurs de thriller peuvent construire des ouvrages très prenant. Lever la tête et s’en extraire devient au fil des pages un exercice acrobatique. La dépendance marche à plein rendement.

En toute franchise, malgré un ou deux points qui m’ont paru un chouia capillotracté sur l’instant et quelques fautes de typo non corrigées, ce type de thriller est revigorant. Bien trop rare à mon gout.

Les Fruchard prouvent que le genre mérite que l’on s’y arrête plus souvent pour peu que cela soit construit avec intelligence et vivacité.

Reste une question ouverte : les verra-t’on relever le défi d’un second roman ?

Editions De la Tournelle

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