MA ZAD – Pouy

Ma ZAD est un vrai roman populaire noir, bourré d’humour noir, gris, de jeux de mots à la con, à deux balles (personnellement j’adore) et bien entendu chargé à bloc d’humanisme, (on est tout de  même loin de la morale bienpensante actuelle). Pouy reste un libertaire dans l’âme et à 70 balais, a la grosse niak.

Sa Zone A Défendre est bien entendu une assertion, une critique de notre bonne société. Certes le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et les autres ZAD qui fleurissent sont d’actualité. Donc facile pour poser le décor. Mais c’est à travers les errements de son personnage principal Camille Destroit, un quadra qui ne s’est jamais vraiment battu que la critique arrive. Ce responsable des achats du rayon frais d’un hyper bio du le nord de la France a un karma de daube. Si les emmerdes volent en escadrille, il n’est pas prêt de redescendre. Le hangar où cette bonne âme stockait des bricoles pour ses copains zadistes part en fumée. Il est licencié dans la foulée. Sa copine le quitte et il se fait passer à tabac par des skins.  Bref c’est le moment pour Camille de chercher un nouveau sens à sa vie pour ne plus être en proie à ses doutes, ses remises en cause. La jeune Claire est là pour  lui insuffler énergie et nouvelles résolutions. C’est nécessaire, d’autant que les Valter brother’s sont bien décidés à exproprier les fermes qui entourent leur projet de construction de plateforme logistique gigantesque quitte à employer des bas besogneux aux méthodes discutables.

Alors oui. C’est presque facile. Ça  fleurte avec l’actualité. Mais c’est parfois jouissif. L’écriture de Pouy est toujours aussi franche. Elle se taille la part du lion dans un verbiage parfois burlesque. Je pouffe. Tu pouffes. Ces 200 pages digressent à tout va comme la vie de Camille. Ça se chicane, ça part en vrille, mais ça revient dans les clous. Car Pouy a de l’amour pour ses personnages. Ils sont leur cœur de ses livres. Ma ZAD, c’est celle de Camille. Ce personnage qui se sent renaitre, forgé d’espoir avec une naïveté déconcertante dans un environnement aussi obscur. C’est Claire qui sort de l’obscurité. C’est la manipulation. Le refus de capituler. L’art du sabordage.

Car est la force de JB Pouy. Associer la déconne littéraire au désenchantement. Savoir être sérieux à grandes lampées d’humour noir.

Souvent incisif, parfois spontané, ce roman est subversif et offre à son auteur une nouvelle possibilité de transmettre ses idées.

La plume de Pouy, pour peu qu’on la déflore un peu, qu’on lui ôte ses atouts de dérision immorale, de raillerie dévergondée et de joyeux foutraque, est aussi sérieuse qu’émouvante. Sa verve sous une pointe de cynisme est robuste. Son éloquence montre une ferme résistance. Alors oui, ce livre a un côté « poil à gratter, je pète dans la soupe ». Il peut en gêner plus d’un. Mais, juste pour la maitrise du dernier chapitre pour l’envolée jouissive, rien que pour ça, Ma ZAD occupe bien le terrain.

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