L’ARMENIEN – Pineau

Carl Pineau n’a pas insisté des masses. Moralité, j’ai finalement lu .. encore .. un roman auto-édité. Faut avouer que ce n’est pas trop ma tasse de thé. Bien souvent cela manque de structure, et quand cela ne pèche pas par le fond, c’est par la forme. Manque d’accompagnement, de relecture. Mais je dois avouer que L’Arménien ne souffre pas de ces problématiques.

L’Arménien c’est Luc Kazian. Nous sommes fin 89. On parle encore en Francs, et à Nantes, son cadavre est retrouvé à moitié calciné avec 2 balles fichées à l’intérieur. Et nous voilà partis, la tête baissée dans une enquête assez classique. Qui était Luc ? Victime ou coupable ?

L’Arménien : Nuits Nantaises est un roman noir. Nantes années 80, des nuits révélatrices d’une époque plongée entre bars et discothèques, un univers interlope, glauque, fait de sexe à gogo, de drogues, de BM et de cabriolets d’enfer propulsés par au moins 120cv. Des années de fric et frime. Voilà pour le fond de ce roman à deux voix.

Pour la forme, l’écriture de Pineau est fluide, parfois un chouia mécanique. Malgré un début un peu lent, ça le fait. Les cliffhangers sont posés et l’ambiance, la nuit, ses trafics, cette improbable amitié entre Luc et Bertrand font le job.

Les flash-backs incessants sont dosés avec attention. Le lecteur remonte les évènements à travers le regard de Bertrand l’ami, coiffeur, dealer d’herbe frimeur, flambeur, queutard s’oubliant dans le whisky et le sexe. De l’autre côté, il y a celui de Françoise de Juignain, la psychiatre de Luc qui l’a suivi depuis son enfance. Au milieu l’inspecteur Greg Brandt. Pineau balance entre passé et présent. De l’orphelin perturbé à l’adulte soupçonné d’être devenu un trafiquant de coke. Luc, assassiné ! Par qui ? Les suspects sont variés, souvent fêlés. Qui était vraiment l’Arménien ? Les liens particuliers avec Françoise nous éclaire un peu. Ceux avec Bertrand aussi.

Dans cette enquête car nous sommes plus proche du polar que du thriller, Luc se découvre petit à petit. Et si le lecteur joue le jeu, il se laisse trimballer jusqu’à la presque fin (ben oui désolé, mais la révélation finale… Je m’en doutais un peu).

Moralité, L’Arménien se comporte pas mal du tout pour un auto-édité. Pineau entre donc dans la catégorie des auteurs à surveiller.

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Suite de la chronique ou le résultat d’une discussion avec l’auteur.

Carl m’a fait remarquer la photo sociétale de la fin des années 80 et mon absence ou ma retenue à mentionner cela dans ma chronique. Pour moi, il s’agit du cadre de l’Arménien. Une tache de fond. Et encore partielle.

A dire vrai, j’ai ai songé. Comment ne pas prendre les années 80 en pleine face à la lecture de ce livre. Mais pour être honnête, j’ai eu du mal à faire le parallèle avec ma vision de la banlieue des 80s. Peut-être une question de génération. Cette photo est pour moi celle des grands frères.  Ceux qui avaient une voiture quand nous avions une 103 plus les plus chanceux d’entre nous.  (NdR, moi c’était skate et vélo).

L’image de la fin des  années 80 c’est frime et thunes. Le rendu est là.

Mais si on veut être franc, pour ce qui est de la banlieue, c’est un mix culturel qui se fait, une marmite qui boulonne tranquillement entre le monde ouvrier à l’abandon (italiens, polonais et français)  et la 1ère et 2nde génération venue du Maghreb. Ça sent les épices dans les escaliers, tout ce petit monde s’observe, se rend parfois service. Dans la misère, on se tend la main. Mais c’est aussi des quartiers interdits où ce qui deviendra la BAC n’intervient que pour accompagner les pompiers pour éteindre les incendies de voiture sur les parkings. C’est la période où l’herbe tend à être remplacée par d’autres stupéfiants.  Jusque-là l’Arménien est en ligne avec ma vérité. Mon ressenti.

Mais les 80s, c’est les rixes dans les caves à coups de poings américains, dans les rues ou en sorties de boite.  C’est les concerts en perfecto avec ce qui est devenu des punks à chien dans des lieux en périphérie de la ville ou dans ses entrailles. C’est les FAF contre les Rouges. Alors oui, j’ai biffé sans aucun doute cette vision dans ma chronique. Car pour ce qui est de ma lecture, je l’ai vu comme secondaire et pleinement attaché à Bertrand (elle se résume lors de la 1ère partie aux boites de nuit et au cabriolet 104). Certes la montée de petits barons apparait, oui, il y a ce côté suranné d’une période révolue. J’ai adoré lire en Francs.  Oui le côté frime/fric transparait.

Mais je n’ai pas ressenti ce vent de liberté traverser tes personnages, mais plutôt une ambiance type « Les Liens du Sang » … Pas celle des films de Bréhat (NdR heureusement peut-être car ils vieillissent mal). C’est un choix. Celui de Carl.

Si l’attachement majeur est celui de l’Arménien, alors la société n’est que le fond pour donner du relief à Luc et donc ce n’est pas tant les 80s qui ont de l’importance mais plutôt la relation de Luc à l’Arménie. Perso, j’aurais appuyé un chouia plus fort, ce point-là.

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