MATO GROSSO – Manook

Changement de style, changement de continent, fini Yeruldelgger le froid et les ragouts, place à la moiteur de la jungle brésilienne et embarquement pour un roman inclassable.

Une chose est sûre, il ne peut pas plaire à tout le monde.

Mato Grosso est une immersion. A travers, un jeu de dupe, Manook se joue de la confusion qu’il donne au lecteur, on parcourt les brumes tièdes et humides entre les arbres et les lianes, un Brésil fait de sensations. Disons-le tout net, certains verront des longues descriptions, qu’il s’agisse  d’animaux ou de paysages. Des dialogues un presque macho avec du poil autour. Mais surtout, au fil des pages, c’est bien la passion de l’auteur (Manook, pas Haret) pour les pays où il situe son roman que l’on retient. Dès les premières pages, on part en voyage. Immersion totale, faune, fleuve, flore, hommes, femmes, insectes, serpent, jacaré. Sensations, vous dis-je !

Mais Mato Grosso, c’est avant tout manipulations et mensonges. La manipulation de l’auteur, des personnages les uns envers les autres et leurs mensonges. Car Manook enchâsse une histoire dans l’histoire. Jacques Haret écrivain français a publié « Un Roman Brésilien ». L’histoire d’un homme, l’aveu d’un meurtre. Haret revient dans la région qu’il avait fui en 1976, après le meurtre d’Everaldo, sur invitation d’un éditeur. En fait de retrouvailles, la vie d’Haret prend un tournant. Il se retrouve face à face avec un vieux flic, tout comme lui est un vieil écrivain. Le temps ne fait rien à l’affaire, à la fin, on paye les conséquences de ses actes. Et l’écrivain va devoir raconter son histoire, lire ce fameux Roman Brésilien, revenir sur le récit d’un passé où l’auteur devient le narrateur, où le personnage principal se replonge dans ses souvenirs et comme nous, devenir lecteur. Un roman dans le roman. Tout comme les personnages ont leurs doubles Figueiras / Santana, Blanche / Angèle, Jacques Haret / Ian Manook.

Et l’expérience devient intéressante. Pourtant ceux qui me connaissent savent que ce continent est le seul où je n’ai jamais mis les pieds. Crainte, manque d’assurance. La vision d’une forêt dévorante me tétanise. L’Amérique du Sud aussi.

Mais ajoutez-y un zest d’hommage à Stefan Zweig et des sous-bois marécageux au fin fond de ces terres lointaines, une passion trouble et l’envie d’un auteur pour partager ses  sensations et ce que vous obtenez n’est pas forcément un thriller. Mato Grosso est un roman qui laisse soudainement la place à la passion, l’amour à la violence. Certaines phrases s’envolent, et nous restons collé à un Brésil chaud et poisseux.

Bref exit l’action, place à limmersion. Et c’est plutôt réussi.

Editions Albin Michel

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