FANTAZME – Tackian

Niko Tackian bâtit une saga à suivre avec les enquêtes du commandant Tomar Khan. Scénariste de profession, l’écriture et la construction narrative, n’ont pas de secret pour lui. Son polar court et testostéroné est cinématographique à souhait. Aucun temps mort, l’écriture est rythmée, les scènes souvent fortes et violentes.

Janvier 2017, période post-attentat, un cadavre est retrouvé. Pas grand-chose d’exploitable. Pourtant, l’ADN relevé sur les lieux relie ce crime au corps d’un dealer albanais. Et le groupe Khan, les enquêteurs du 36 partent à la chasse d’un mystérieux tueur surnommé Fantazmë, le « spectre » en albanais. Il sévit dans Paris.

Mafia albanaise, trafic de drogue, règlement de compte, traite de femmes, l’enquête de Khan s’enfonce dans le sordide. Et Tackian se lâche dans un univers sombre et poisseux, qui fait figure de première couche d’intrigue en abordant la vengeance, la justice, la douleur, la misère. Celles des migrants et des exploités. Mais une couche de lecture n’est jamais suffisante dans un thriller…

Nulle simplicité, car la vie de Tomar Khan est compliquée. L’affaire Robert Müller de Toxique lui colle au corps. Le souvenir de Müller le hante. Tomar est englué dans ses démons et ses cauchemars. Victime d’hallucinations, il doit aller au bout de cette enquête tout en évitant les pièges tendus par Antonin Belko de l’inspection générale de la police nationale – un accroc à l’hygiène en chemisette qui reprend le dossier Robert Müller et traque la moindre faute des amoureux. Car son couteau, cette pièce à conviction disparue des Archives a éveillé l’intérêt de l’IGPN. L’avenir de Tomar et celui de Rhonda sont sur la sellette. Et pour Tackian, c’est l’occasion de traiter du poids du passé souvent trop lourd pour celui qui est considéré comme borderline, celui de l’héritage familial.

Avec Fantazmë, le lecteur retrouve le groupe Khan, Dino, Francky, et Rhonda Lamarck. La belle assume les risques qu’elle a pris pour l’homme qu’elle aime. Mais on y croise aussi des hommes fondamentalement différents. Yuri le chef de clan albanais gore et vil et à l’autre bout de la chaine alimentaire, Eric la Tendresse, le sdf attentionné. Côté femme, la lumière vient avec Ara, cette ancienne peshmerga qui a survécu, la mère de Tomar, aussi humaniste que généreuse. Elle sert la pitié et la compassion nécessaire à l’équilibre du roman.

Fantazmë met en lumière ceux qui sont dans l’ombre, ceux qui refusent leur rôle de victime, leur aptitude à résister aux pressions, à surmonter les chocs que la vie leur a fait affronter. Tous ces mécanismes de protection des individus, de leur révolte à leur capacité à se protéger des autres, de leur aptitude parfois à préserver leur dignité.

Encore une fois, ça va vite, très vite. C’est un thriller court, violent qui s’avale en un clin d’œil et qui à n’en pas douter, n’est pas le dernier de la Saga Tomar Khan.

Editions de l’Épée

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