L’APPEL DU NEANT – Chattam

J’ai longtemps soutenu  et je le soutiens encore, que le thriller est un moyen pour examiner notre société. Un  subterfuge à l’apparence trompeuse pour épier les travers de mes contemporains, pour mieux étudier la manière dont notre société évolue et pour nous éclairer sur nos défauts, nos vices, voire nos péchés.

Il en va de même pour Maxime Chattam et sa recherche du mal.  Il cherche à comprendre. Cette fois-ci, le mal prend la forme du terrorisme. Alors, on boucle sa ceinture et on saute dans l’aventure.

Si la construction du roman est parfaite, il est clair que l’auteur sort au-delà  de sa zone de confort. Moralité, pour le lecteur que je suis, l’expérience est mitigée.

Il y a une sorte de carence dans ce roman, certainement due au fait que ce roman a été réécrit deux fois suite aux attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. Laissez-moi m’expliquer.

L’Appel du Néant traite du fanatisme religieux qui est bien plus dangereux que les croyances. Aucun doute, le terrorisme est inacceptable, inenvisageable dans notre société. Pourtant, il a bouleversé notre quotidien, notre vision de l’autre et ce depuis 30 ans.

Comme d’accoutumée, chez Chattam, tout est extrêmement bien travaillé. Un roman est une plongée en profondeur dans les méthodes d’investigation de la gendarmerie, les progrès technologiques, mais aussi dans la collaboration entre la police, la gendarmerie et le renseignement.

Pour ce qui est des personnages, on retrouve Ludivine Vancker que nous avions lâché en 2014, avec La Patience du Diable et à ses côtés son sauveur, Guilhem Trinh et Segnon. Bref la section de recherche de la gendarmerie. Ludivine et son quotidien, ses peurs quand elle est face à un psychopathe, tueur en série.

Mais L’Appel du Néant pour traiter de notre société comme creuset de la thématique récurrente de Chattam sur le mal et de ses dérives, mélange les thématiques. Un tueur et une cellule terroriste.

Avec Djinn, fils respectueux devenu, mari aimant et qui a basculé dans un fanatisme absolu, l’histoire devient plus lente, malgré l’arrivée de Marc Tallec, l’agent de la DGSI.

Les chapitres courts, sont toujours présents. Ce roman est addictif. Sa fin captivante.

Mais il y a à mes yeux un manque d’audace. Bien que les motivations de Maxime Chattam soient très fortes, il me parait protéger ses personnages contrairement à ses habitudes. Il s’en explique à la fin du roman. Je comprends parfaitement sa volonté d’homme, de romancier de ne pas offrir la moindre victoire aux terroristes quitte à devoir sabrer une partie de la puissance de son livre.

Car sans rien dévoiler, L’Appel du Néant est aussi le reflet du combat mené par l’auteur entre la réalité et la fiction. Un auteur est aussi un citoyen – Ne pas faire le jeu de l’ennemi, se battre avec ses moyens. Certes c’est symbolique. Mais comme je le disais au début de cette chronique, le thriller est un filtre, une manière d’éclaircir ce que nous sommes, ce que nous vivons, de mettre en exergue notre société, à travers certains artifices. C’est pourquoi malgré certaines faiblesses, je reste persuadé que L’Appel du Néant porte en lui le fondement d’un bon thriller.

Editions Albin Michel

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