ENTRE DEUX MONDES – Norek

Juste. Poignant. Précis

Lorsque j’ai croisé Olivier Norek pour Entre Deux Mondes nous avons parlé de 2 choses. L’attente d’un roman chez le lecteur et l’intervention de Joann Sfar à La Grande Librairie lors de leur passage commun.

Nous avons convenu que l’un était pétri d’une rare grande humanité et que l’autre portait en son sein un risque induit. Bien entendu, on parlait d’Entre deux Mondes.

Pour ce qui est de l’histoire :

Damas 2016, Adam doit faire fuir sa femme Nora et sa fille Maya vers Calais. Il les rejoindra plus tard. Calais, Bastien Miller est muté de Bordeaux pour des raisons familiales, une femme en pleine dépression, une fille en pleine crise d’adolescence. Il va faire la connaissance d’Adam qui est à la recherche de sa famille dans cette zone. Même métier, mêmes valeurs. Pas le même côté de la barrière. Et sous couvert d’une thématique sociale, Norek nous parle de ces gens qui fuient leur pays, de leur angoisse, de leur peur, de ces vies abandonnées, des embarcations surchargées, de ce bidonville.

Est-ce un thriller ? Un Olni ? Un roman noir ?

Après l’avoir dévoré, je peux dire que c’est tout à la fois et plus encore. C’est un livre bouleversant, dur et sans concession.

C’est un thriller bien entendu. C’est violent, ça rebondit, et il y a ce qu’il faut de chausse-trappes pour surprendre le lecteur. Un roman noir ? Oh oui, c’est une histoire de flic, de loi, de passeurs et d’illégaux. Un Olni – Objet Littéraire Non Identifié – Bon sang Oui !

Le ton est Juste. Aucun parti pris, si ce n’est celui de l’humanité. De l’homme.

Norek a un œil acéré sur une situation impossible. Clamer l’injustice serait trop facile. Ce serait oublier que parmi ceux qui ne maitrisent en rien leur destinée se fondent des hommes et des femmes prêtes à tout pour survivre. Nulle innocence en ce lieu. Car la jungle est un lieu hors la loi où tout est fait pour que ces hommes, ces femmes et ces enfants soient oubliés. Un lieu, à la marge, où routiers, flics, migrants, passeurs, jouent leurs vies, où la détresse des Calaisiens n’a d’égale que celle des réfugiés et des policiers.

Calais est un rêve de départ vers Youké. Mais c’est aussi, l’incapacité de la république à résoudre un problème insoluble, c’est 10 000 personnes entassées dans un no man’s land coincé entre la fin et le début d’un monde.

Entre Deux Mondes, est assurément un roman fort. A la Norek. Ça remue les tripes, le lecteur est plongé dans le réel. C’est visuel à souhait. Parfois bienveillant, à travers Bastien le flic et sa famille. Parfois triste à travers Adam l’ex flic syrien à la recherche de la sienne. Et au milieu Kilani, l’enfant victime, perdu, dans un monde d’adultes.

Mais si chaque personnage souhaite changer sa destiné, chacun porte en lui sa part de Diable. Norek nous amène à réfléchir sur cette réalité, sur ce trauma que vivent des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, sur la violence d’une réalité que l’on aimerait oublier à la vitesse d’un pouce sur une télécommande.

Entre Deux Mondes, ne laisse pas indifférent. Une fois refermé il y a au fond de ma gorge comme un sentiment de compassion avec quelques relents. Un peu de honte. Olivier, sans vouloir jouer les Lebel de base, t’as pondu un putain de bon roman !

Editions Michel Lafon

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