LA VIE A FLEUR DE TERRE – Tabachnik

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Un premier roman est un exercice en soit. Si rien ne prédestinait Maud Tabachnik à devenir l’auteure reconnue qu’elle est aujourd’hui, il y a dans La vie à fleur de terre (1990) l’essence même de ce qui est un roman noir. Une ambiance, un fond et une réflexion.

Avant tout, histoire de vous allécher, dekoikisagit ?

Lucas est chef de bande de fachos bas du front et violents. Avec eux, il joue les gros bras pour les politiciens locaux. A l’occasion, ils n’ont rien contre une petite ratonnade. Mais quand sa bande tue un malien, et qu’après une échauffourée qui tourne mal avec les forces de l’ordre, sa bande lui met tout se le dos, l’avenir de Lucas se réduit. Il prend la fuite avec celle qui représente la vie, l’amour à ses yeux, Mabel, une aveugle qui vivait recluse dans une roulotte avec un nain.

Comme souvent chez Maud, nous sommes bien dans les bas-fonds, dans ce que l’Homme peut fabriquer de pire à son encontre. Dans ce monde, personne n’est blanc comme neige, même les gardiens de l’ordre.

Parlons un peu de l’ambiance. La réédition a conservé l’original. Rien n’a été re-travaillé. On y baigne dans cette fin des années 80, début 90, dans ces villes et leurs périphéries où l’extrême droite grimpe, où les mouvements politiques et les groupuscules qui gravitent autour, jouent sur les terrains vagues de l’ordre moral.

Il y a un côté profondément cinématographique dans ce roman. Pour ce qui est de Lucas, c’est curieusement avec un film récent que je vois un parallèle. Lucas a un besoin de rédemption, comme le personnage principal de Un Français de Patrick Asté. Pour ce qui est de ces banlieues, ces zones interlopes où une frange de la population se déchaine, où la peur de l’autre prend le pas sur le vivre ensemble, où la haine est plus facile à apprendre que l’amour. Pour l’ambiance, il faut revoir Urgence ou Rue Barbare de Gilles Béhat, je ne vois pas mieux. L’atmosphère est lourde, Maud Tabachnik nous confine dans une ambiance blafarde, mettant ainsi en exergue l’univers crasseux et infect dans lesquels ses héros se vautrent. Pourtant deux se rencontrent en pleine lumière. Celle qui n’y voit rien et celui qui tente de retrouver la vue.

Le style, de Maud est cash. Les mots sentent la rue. Mais ce qui est remarquable dans ce premier roman, est qu’elle entraine déjà le lecteur vers une réflexion autour d’une thématique qui va au-delà de l’amour, la rédemption. La fameuse ! Lucas est emporté dans une spirale tragique. Pourtant, c’est bien Mabel qui va lui ouvrir de nouvelles perspectives. Charge au lecteur d’en apprendre sur lui-même.

Dès le début, la destiné de Lucas est biaisée. Sa fuite, la chasse à l’homme dont il fait l’objet, n’ont de sens que s’il en profite pour combattre son sort. Combattre le renoncement, sortir de sa condition, s’échapper des concepts de haine et de bêtise que son éducation et son milieu lui ont inculqué. Il y a toujours chez Maud une vision humaniste, certes plutôt sombre mais souvent présente avec cette once d’empathie qui donne corps à ses héros.

Il y a 27 ans, La vie à fleur de terre illustrait cet art d’entre-apercevoir le bien à défaut de le toucher, de le faire sien. Depuis une trentaine de romans ont consacré Maud Tabachnik comme une auteure incontournable du genre.

Editions De Boree

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